UN MIRAGE FINLANDAIS

Quatrième de couverture : 

À Helsinki, ce soir de mars 1938, le Club du mercredi, un groupe de gentlemen qui se retrouvent chaque mois pour refaire le monde est réuni chez l’avocat Claes Thune. Dès qu’elle monta l’escalier en pierre, Matilda entendit les gloussements virils, elle distingua la voix de Thune, celle de Grönroos, et d’autres aussi. Soudain, Matilda, sténodactylo hors pair, reconnaît la voix d’un homme qu’elle aurait préféré oublier… La vengeance n’est-elle pas un plat qui se mange froid ?

Traduction (Suédois) : Jean-Baptiste Coursaud. Titre original : Hägring 38 – Schildts & Söderströms – 2013

Kjell Westb signe un remarquable roman à suspense avec, en toile de fond, une Finlande méconnue, écartelée entre l’Union soviétique et l’Allemagne.

« Une surprenante fresque historique. » Le Monde des livres .

L'auteur : Kjell WESTÖ 

L’auteur : Kjell WESTÖ

Nationalité : Finlande, né à : Helsinki , le 06/08/1961

Kjell Westö est un journaliste et écrivain finlandais de langue suédoise.

Journaliste de profession, il a publié son premier livre en 1986, avant de consacrer à Helsinki, sa ville natale, cinq romans, tous encensés par la critique. Deux d’entre eux ont été traduits en français : « Le malheur d’être un Skrake » et « Les sept livres de Helsingfors ».

Kjell Westö est aujourd’hui considéré comme l’un des auteurs les plus importants de Scandinavie. « Un mirage finlandais » a reçu de nombreux prix dont le Grand prix de littérature du Conseil nordique 2014, qui récompense le meilleur roman publié dans l’ensemble des pays nordiques, le Prix du meilleur roman de la Radio suédoise ou encore le Prix Culturel de la ville d’Helsinki, et a été traduit en quinze langues. « Nos souvenirs sont des fragments de rêves », le dernier roman de l’auteur, a été traduit en français en 2018.

Mon avis : 

Ce livre est le troisième ouvrage de ma boite « KUBE »- Pays Nordiques.

Finalement le suspens annoncé est bien maigre, ce n’est qu’un prétexte pour évoquer la période d’entre deux guerres de l’histoire de la Finlande. J’avoue que je ne connaissais rien de l’histoire de ce pays et que ce roman m’a incité à en découvrir quelques détails. La Finlande, un pays coincé entre la Russie et la Suède et qui doit son indépendance à la fin de la guerre 14/18 au soutien de l’Allemagne. Les discussions lors des réunions du club du mercredi rendent une image assez précise des influences de l’époque entre les suédophones proches de ce pays et les nationalistes excités par les discours de Hitler. C’est aussi la montée de l’antisémitisme, tous ces courants se retrouvent dans le club composé d’un juif, et de bourgeois certains de gauche, d’autres de droite ce qui évidemment provoque pas mal de dissensions.

L’auteur prend bien son temps, l’intrigue avance à petits pas, les digressions sont nombreuses mais jamais ennuyeuses. Et il y a Matilda, la secrétaire de Claes Thune un des membres du club, avocat qui vit mal la perte de sa femme qui l’a abandonné pour un autre membre, médecin chef d’une clinique psychiatrique. Matilda, traumatisée, traîne avec elle un passé douloureux, elle a été internée dans un camp où les « rouges », battus de la guerre civile, ont été atrocement maltraités.

Plutôt qu’un roman à suspens, c’est plutôt le témoignage d’une époque importante de l’histoire de la Finlande. Un roman historique sérieux et intéressant.

En marge du roman  : Les camps de concentration finlandais (1918) (source : https://secoursrouge.org/) 

La guerre civile entre Rouges et Blancs déchira la Finlande dans la foulée de la Révolution russe. Le 28 janvier 1918, le Sénat bourgeois finlandais (institué sous le tsarisme) se regroupa à Vaasa, tandis que le Conseil des Commissaires du Peuple fondé par les révolutionnaires et présidé par Kullervo Manner, se basait à Helsinki. Les relations entre la Russie et la Finlande rouge furent formalisée le 1er mars par un accord qui vit la fondation de la République socialiste de Finlande, dont l’indépendance nationale était respectée. La Finlande était alors coupée en deux par une ligne de front ouest-est passant au nord de Pori, Tampere, Heinola et Lappeenranta et penchant en direction du sud-est vers l’isthme carélien et les rives du Ladoga à proximité de la frontière finno-russe.

Du côté Blancs, les 40.000 miliciens (bourgeois, paysans riches, nobles, militaires professionnels et mercennaires) se transformèrent en une armée commandée par le général Mannerheim. Ils avaient en renfort un corps de volontaires suédois et surtout un corps expéditionnaire allemand de 12.500 hommes. Ils vainquirent les gardes rouges (30.000 hommes, essentiellement des ouvriers et des métayers) d’abord dans la région de Tampere, en mars-avril, et immédiatement les massacres commencèrent : sur 11000 gardes rouges fait prisonniers à Tampere, la moitié est fusillée , le reste va être dirigé vers les camps de concentration.

Fin mai, l’armée blanche et ses renforts allemands avaient avaient conquis la Finlande. La guerre était finie mais la terreur blanche s’amplifiait. Après la reddition des armées rouges au tournant d’avril-mai, les Rouges furent regroupés dans des camps de concentrations, les premiers camps de concentration en Europe. Les plus grands de ces camps furent ceux de Hämeenlinna, Viipuri, Helsinki, Tampere, Riihimäki. Kotka et Lahti, le plus connu par la suite étant celui de Tammisaari. En mai 1918, à l’issue de la guerre, les Blancs gardèrent ainsi entre 80.000 et 90.000 prisonniers (6 % de la population adulte finlandaise). Au printemps 1919, 12.500 d’entre eux étaient morts du fait de leurs conditions de détention. 68.000 travailleurs furent condamnés par des tribunaux d’exception à un total de 300.000 années de travaux forcés. La bourgeoisie finlandaise avait triomphé du bolchevisme et se vantait d’avoir détruit le mouvement ouvrier « pour 25 ans au moins ». En 18 mois, un Finlandais adultes sur 13 (un ouvrier sur 5) avait été tué d’une manière ou d’une autre par les gardes blancs, et seulement 3.400 pendant les combats.

En marge du roman  : La course scandaleuse de 1938 

Abraham Tokazier (né le 29 septembre 1909 à Helsinki , mort le 7 avril 1976 à Stockholm) était un sprinter finlandais d’ origine juive . Sa meilleure réalisation a été la deuxième place au 100 mètres aux championnats de Finlande de 1938 . Il est surtout connu, cependant, pour avoir remporté le 100 mètres lors des matchs d’ouverture du stade olympique d’Helsinki , mais il a été rétrogradé à la quatrième place par le jury. Le club de Tokazier était le Makkabi Helsinki .

21 juin 1938 Tokazier participe au 100 mètres aux matchs d’ouverture du stade olympique d’Helsinki . Il a franchi la ligne d’arrivée en premier, mais les résultats officiels ont placé Tokazier quatrième, même si l’annonceur l’a déclaré vainqueur juste après la course. Le lendemain, une photo prise à la ligne d’arrivée a été publiée dans le journal Helsingin Sanomat . La photo prouve clairement que Tokazier (en veste noire la caméra la plus proche) a été le premier à franchir la ligne. La raison de la rétrogradation de Tokazier à la quatrième place était très probablement l’antisémitisme plutôt qu’une erreur commise par le jury. Une délégation officielle de l’Allemagne nazie était parmi les invités et c’est la raison pour laquelle les organisateurs l’ont retiré de lapodium .

Le scandale est redevenu un sujet brûlant en 2013 lorsque l’auteur finlandais Kjell Westö en a parlé dans son livre Hägring 38 . Enfin, le 18 septembre 2013, l’ Association finlandaise d’athlétisme amateur a présenté ses excuses à la famille de Tokazier et a admis qu’il était le véritable vainqueur de la course de 1938. Les résultats officiels ne peuvent pas être annulés en raison des règles de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme .

VOYAGE VERS LE NORD

Quatrième de couverture : 

En 1936, tandis que la Seconde Guerre mondiale menace, l’écrivain tchèque Karel Čapek (1890-1938) entreprend un voyage dans le Nord de l’Europe. Forêts à perte de vue, fjords échancrés, vaches noir et blanc, fermes rouges,myriade d’îles ponctuent sa traversée du Danemark, de la Suède et de la Norvège. Au fil du récit, derrière une naïveté feinte et un lyrisme tempéré, où affleurent une tendre ironie et un humour mordant, se profile le portrait troublant, éblouissant de nature et de lumière, d’un continent en sursis. Car, en route vers le cap Nord, Čapek pressent la fin d’une époque et dessine une Europe qui, bientôt, sombrera dans le chaos.

IIlustrations de l’auteur • Préface de Cees Nooteboom. Traduction du tchèque de Benoît Meunier. Publié avec le concours du ministère de la Culture de la République tchèque

L'auteur Karel ČAPEK 

L’auteur : Karel ČAPEK

Nationalité : République tchèque Né à : Malé Svatoňovice , le 09/01/1890, décédé à : Prague , le 25/12/1938

Karel Čapek est l’un des plus importants écrivains de Tchécoslovaquie du XXe siècle. Il fait ses études secondaires à Hradec Králové, qu’il doit quitter pour Brno à la suite de la découverte du cercle anti-autrichien dont il faisait partie. Il étudie à la faculté de philosophie de l’Université Charles à l’Université de Friedrich Wilhelm à Berlin et à la faculté des lettres de l’université de Paris. Sa thèse, soutenue en 1915, porte sur Les méthodes esthétiques objectives en référence aux arts appliqués.

Il est réformé en raison de problèmes de dos qui lui poseront problème toute sa vie, et dispensé de participer aux combats lors de la Première Guerre mondiale qui néanmoins l’influença et l’inspira. En 1917, il est tuteur du fils du comte Lazansky puis journaliste pour les journaux « Národní listy » (1917–1921), « Nebojsa » (1918–1920), « Lidové noviny » (depuis 1921). Dans les années 1925–1933, il est président du PEN club tchécoslovaque. Le 16 août 1935, il se marie avec l’actrice Olga Scheinpflugova, rencontrée à l’été 1920.

Il publie d’abord des contes philosophiques, puis aborde le théâtre avec des drames, notamment « R. U. R. » (Rossum’s Universal Robots) (1921), où des robots (mot créé par lui) se révoltent contre leurs créateurs. Dans la même veine, il écrit d’autres pièces (« Le Dossier Makropoulos », 1922) et des romans (« La Fabrique d’absolu », 1922 ; « La Guerre des salamandres », 1936), puis aborde le roman psychologique avec une trilogie : « Hodural » (1933), « Le Météore » (1934) et « La Vie simple » (1934). Auteur anti-totalitaire, il avait publié un article, « Pourquoi je ne suis pas communiste », en 1924. En 1938, l’annexion des Sudètes suite aux accords de Munich par les troupes nazies affecte profondément le démocrate nationaliste qu’il est; sa santé se détériore rapidement et il meurt de pneumonie le 25 décembre de la même année à Prague. Il est le troisième sur la liste de la Gestapo des personnes à arrêter et seule sa mort précoce le délivre du destin tragique qui l’attendait.

Mon avis :

Ce livre est le deuxième ouvrage de ma boite « KUBE »- Pays Nordiques.

Ici, point d’intrigues ni de rebondissements, très peu de personnages, l’héroïne du récit c’est la nature dans toute sa force et sa splendeur, les paysages, les glaciers, les massifs rocheux, les fjords et la lumière qui ne disparaît plus et qui supprime la notion du temps..

« Le peu de personnes que rencontre Čapek, ce sont les autres passagers avec lesquels il navigue le long des fjords, des côtes rocheuses, des îles Lofoten et du cercle polaire jusqu’à l’extrême nord, où l’Europe se dit adieu des paysages dont il évoque l’aridité, les nuages éternels et l’aridité. »

L’auteur nous raconte son voyage vers le Nord, du Danemark vers le cercle arctique en passant par la Suède et la Norvège. Le récit est un véritable hymne à la nature que l’auteur nous décrit avec beaucoup de lyrisme et de poésie, un brin d’ironie, d’humour et de naïveté, une nature qu’il illustre abondamment de croquis linéaires.

« Et j’ai vu des arcs-en-ciel de minuit tendus de rivage en rivage, un coucher de soleil doré et humide se refléter dans la mer par une aube glacée ; j’ai vu les lueurs de l’aurore et du couchant se fondre en un rayonnement palpitant des eaux, le peigne d’argent du soleil caresser la surface étincelante de la mer. Les sentiers brillants des dieux marins se mirent à scintiller furieusement sur les eaux et le jour fut. Bonne nuit, bonne nuit, car c’est le jour, la première heure ; les montagnes se dissimulent derrière un voile de soleil ; au nord, le vaste sund luit d’une blanche clarté, la mer clapote froidement et le dernier passager du bord plonge frileusement dans un nouveau livre. »

Nul besoin de se prendre, la tête, il faut se laisser aller au rythme et aux ballotements du train et du bateau. Un récit fait de longues phrases heureusement bien ponctuées. Un voyage tout en douceur et en sérénité, alors que l’Europe se prépare au chaos (édition originale 1936).

« Le lecteur ingénu de New-York s’aperçoit-il de quoi que ce soit en ouvrant le carnet de voyage de Karel Čapek en Norvège ? Y décèle-t-il la menace du regain du nationalisme allemand qui préoccupe tant son auteur ? À vrai dire, non : on sent ici et là, seulement si on le sait, une très légère allusion à un monde malveillant qui doit exister ailleurs, mais certainement pas à bord du Håkon Adalstein, le bateau qui longe la côte norvégienne en direction du cap Nord. »

Une belle invitation à découvrir la beauté naturelle de ces pays nordiques.

Extraits :

Le Danemark : « Un petit pays, de ce vert clair qu’on utilise pour colorer les plaines sur les cartes; des prés verts et verts pâturages mouchetés de petits troupeaux, de l’hièble, avec ses tartelettes de fleurs blanches; des jeunes filles aux yeux bleus, à la peau laiteuse et duveteuse, des gens lents et réfléchis; une plaine comme tracée au cordeau. Il ya par ici une montagne, paraît-il, on lui a même donné un nom : le Himmelbjerg, l’un de mes amis le cherchait en voiture, et comme il ne la trouvait pas, il demanda à des autochtones où elle se trouvait, lesquels lui répondirent qu’il l’avait déjà franchie plusieurs fois. Mais ça n’est pas bien grave; au moins on voit loin- d’ailleurs en se levant sur la pointe des pieds on doit même apercevoir la mer. Rien à dire , c’est un tout petit pays, quoiqu’il compte plus de 500 îles; c’est une petite tranche de pain, mais bien beurrée. Loués soient ces troupeaux, ces granges, ces pis gonflés, ces clochers émergeant de la cime des arbres, ces ailes de moulins qui tournent dans une brise fraîche… »

La Suède : « Jamais je ne me suis lassé de vous, petites fermes suédoises rouges aux liserés blancs, si uniformes à travers ce vaste territoire, et pourtant si amusantes dans votre infinie diversité! La moindre cabane de bûcheron , au fin fond de la forêt, est faite des mêmes planches, maquillée du même rouge et du même blanc que la maison la plus imposante et la plus riche; mais, tout comme il n’y a pas deux visages au monde qui soient identiques, je n’ai pas vu deux fermes suédoises similaires parmi les milliers que j’ai saluées sur ma route. Chacune d’elle est un agrégat particulier de bâtisses, d’écuries, d’étables, de granges, de fenils et de remises, de greniers, de buanderies d’appentis et de poulaillers; la configuration des toits, des auvents, des pignons, des porches et des lucarnes est chaque fois différente. Les fenêtres, leur encadrement et leur disposition, lâche ou resserrée, sur les façades, semblent défier l’imagination… »

La Norvège : « …ensuite vient Ustadal, et là, c’est un monde bien différent; personne ne vit ici, hormis des chefs de gare et le personnel de quelques hôtels; tout le reste n’est que cailloux, lacs gelés et marécages suintants, pins ravagés, bouleaux tors et rabougris, et aulnes fatigués; tout juste de-ci de-là, un chalet avec des bois de renne accrochés au fronton; puis plus rien que de la pierraille et des bouleaux nains, des scirpes et des linaigrettes; enfin, même plus de rochers, même plus de lacs ni de végétation, seulement des tunnels de planches, des galeries, des palissades contre les congères. Un bien étrange pays ma foi. On est alors assez haut, près de Finse; on se trouve à peine à douze cents mètres au-dessus du niveau de la mer, mais compte tenu de la latitude, c’est comme si l’on grimpait chez nous à trois mille mètres. La vie s’arrête ici. Les petits lacs ne dégèlent pas de tout l’été, cela n’en vaudrait sans doute pas la peine »

PAR-DELÀ LES GLACES

Quatrième de couverture : 

Hiver 1914. Aux confins de l’archipel de Stockholm, alors que sept amis rentrent chez eux en pleine nuit, une tempête d’une rare puissance les ensevelit un à un. Un siècle plus tard, la tragédie hante toujours les habitants de l’île. Parmi eux, Ellinor, qui voit réapparaître Herman, son amour de jeunesse ; mais pourrait-elle aimer de nouveau cet homme qui cristallise la haine de tous depuis l’accident ?

« Un bref instant peut-il toucher le cœur au plus profond, le retourner, et que rien ne soit plus jamais comme avant, comme la seconde d’avant ?»

Magnifique roman d’amour, texte sauvage et poétique, Par-delà les glaces raconte la puissance de la nature, le réveil d’une passion profondément enfouie et la renaissance d’une femme qui s’autorise enfin à vivre.

L’auteur : Gullina Linn PERSSON

Nationalité : Suède, née à : Stockholm , le 06/07/1956 Gunilla Linn Persson est scénariste pour la télévision et romancière.

Sa série « Skärgårdsdoktorn » (Le Médecin de l’archipel) (1997-2000) connaît un succès phénoménal en Suède. « Par-delà les glaces » (Hemåt över isen, 2015) se déroule au même endroit et s’inspire des années qu’elle a passées dans l’archipel de Stockholm.

Cet ouvrage fait partie de la boite « KUBE »- Pays Nordiques, un concept assez original à découvrir sur le site https://lakube.com., un beau cadeau que j’ai reçu à Noël.

« Un coffret livres qui vous fera voyager au cœur de la Scandinavie qui contient 4 romans et trois merveilleuses surprises : une préparation aux pétales de roses cultivées sous le soleil de minuit finlandais, un délicieux sel Islandais provenant de l’Océan Arctique et trois jolies crèmes hydratantes arctiques 100% naturelles. »

Bonne lecture !

Mon avis :

Moi qui aime la littérature faite de belles phrases harmonieuses dans lesquelles il n’y a rien de trop ni de trop peu, je n’ai pas été bien servi avec ce roman. Certes il y a un côté poétique assez agréable dans ce récit mais j’ai trouvé aussi un style rêche composé de petites phrases, sujet, verbe (pas toujours), complément (pas toujours) qui n’est pas propice à créer une atmosphère ou à décrire des caractères.

Ce roman sans doute émouvant n’a provoqué chez moi aucune émotion. Un récit par moment chaotique, l’auteure n’hésite pas à changer de sujet mal à propos, d’où une certaine confusion. Un rythme très lent et des personnages secondaires qui n’ont pas grand chose à voir dans le drame font que je reste sur un sentiment plutôt mitigé.

Par-delà les glaces parle d’amour avec poésie, avec sensibilité et retenue, c’est la renaissance d’une femme qui était coincée dans son quotidien, toujours dévouée à son père impotent et aux autres. Une nouvelle vie peu commencer.

Reconnaissons à l’auteure une belle description de la vie des iliens de Hustrum, de la nature et de la flore, et des conditions de vie très difficiles de l’héroïne. Évidemment après être sorti d’un monument comme 4 3 2 1 de Paul Auster ce roman tombait plutôt mal pour être vraiment apprécié.

Extrait

Hermann monta à l’étage. Là-haut se trouvait sa chambre de garçon. Au mur, des affiches de motos. Un grand bureau de bois brun. Un lit simple -qui grinçait- avec un dessus-de-lit jaune vif et un coussin marron.

Années soixante-dix.

Marron Volvo.

Ces couleurs-là.

Mais ses souvenirs étaient dans de tout autre ton : ceux, aquarellés, qu’il employait pour peindre les oiseaux. Ellinor.

Et voilà que c’est elle qui est venue me chercher avec le bateau-taxi !

Elle est apparue sur la mer !

Il jeta un bref coup d’oeil par la fenêtre et aperçut Ellinor sur le rivage. Elle était si pleine de force, si énergique; une guerrière, pensa t-il. La fille d’Hertha, d’une certaine façon, élégante dans ses mouvements, mais maniant la tronçonneuse comme une vraie …. comme une vraie femme.

Une femme et un cheval.

Une femme et un lourd cheval de trait.

Une femme de trait.

Les pensées de Hermann changèrent subitement de cours; il se mit à songer au poisson. Lors de la pêche de printemps, si l’on fait une capture d’une taille inhabituelle, dit-on, il faut remettre le poisson à l’eau sous peine de perdre sa prospérité.

Avait-il jamais remis Ellinor à l’eau ? Non. Il avait lutté, mais de là-bas. Depuis une côte en orgues de glace.

4 3 2 1

Quatrième de couverture : 

À en croire la légende familiale, le grand-père nommé Isaac Reznikoff quitta un jour à pied sa ville natale de Minsk avec cent roubles cousus dans la doublure de sa veste, passa Varsovie puis Berlin, atteignit Hambourg et s’embarqua sur l’Impératrice de Chine qui franchit l’Atlantique en essuyant plusieurs tempêtes, puis jeta l’ancre dans le port de New York au tout premier jour du XXe siècle.

À Ellis Island, par une de ces bifurcations du destin chères à l’auteur, le nouvel arrivant fut rebaptisé Ferguson. Dès lors, en quatre variations biographiques qui se conjuguent, Paul Auster décline les parcours des quatre possibilités du petit-fils de l’immigrant. Quatre trajectoires pour un seul personnage, quatre répliques de Ferguson qui traversent d’un même mouvement l’histoire américaine des fifties et des sixties. Quatre contemporains de Paul Auster lui-même, dont le “maître de Brooklyn” arpente les existences avec l’irrésistible plaisir de raconter qui fait de lui l’un des plus fameux romanciers de notre temps.

« Auster inaugure un dispositif narratif inédit en déclinant 4 scénarios possibles pour son personnage, dont la somme dessine un portrait d’une grande profondeur, l’histoire des Etats-Unis en toile de fond. « 4 3 2 1″ est un roman exceptionnel.  » Culture box

« Son dernier roman, 4321, est truffé de références à la France comme souvent dans son œuvre. La petite chambre de bonne. Tanière, promontoire, «maussade cellule de moine», cet espace minuscule tel que l’on en trouve encore – parfois – sous les toits de Paris occupe une place à part dans l’œuvre de Paul Auster. La petite chambre existait dans L’Invention de la solitude , livre essentiel écrit à la perte de son père, elle revient en force dans 4 3 2 1 telle la colonne vertébrale de l’attachement de l’écrivain à la France. » Le Figaro

« C’est sans conteste le plus grand – pour ne pas dire le plus gros ! – événement littéraire de ce début d’année. Parce que ça faisait sept ans qu’on attendait un nouveau Paul Auster, et parce que ce nouveau Paul Auster est tout simplement génial ! » Le Journal du Québec


L'auteur : Paul AUSTER

Nationalité : États-Unis, né à : Newark (New Jersey) , le 03/02/1947

Paul Auster écrit des articles pour des revues, débute les premières versions du « Voyage d’Anna Blume » et de « Moon Palace », travaille sur un pétrolier, revient en France pour un séjour de trois ans (1971-1974) où il vit de ses traductions (Mallarmé, Sartre, Simenon), et écrit des poèmes et des pièces de théâtre en un acte. Il publie un roman policier sous le pseudonyme de Paul Benjamin (« Fausse balle »).

Son premier ouvrage majeur est une autobiographie, « L’Invention de la solitude », écrite après la mort de son père. De 1986 (sortie de « Cité de verre » ; premier volume de la « Trilogie new-yorkaise ») à 1994 (« Mr. Vertigo »), il publie des romans majeurs comme « Moon Palace » et « Léviathan » (Prix Médicis étranger). Il revient alors au cinéma, en adaptant avec le réalisateur Wayne Wang sa nouvelle « Le Noël d’Auggie Wren ». Smoke et Brooklyn Boogie sortent en salle en 1995. Paul Auster réalisera lui-même Lulu on the Bridge (1997).

Il revient au roman avec « Tombouctou » (1999), « Le Livre des illusions » (2002), « La Nuit de l’oracle » (2004) et « Brooklyn Follies » (2005). Marié puis séparé de l’écrivain Lydia Davis, il s’est remarié en 1981 avec une autre romancière, Siri Hustvedt. Il a deux enfants également artistes, le photographe Daniel Auster et la chanteuse Sophie Auster. Il est considéré comme une figure centrale de la scène culturelle new-yorkaise et une référence de la littérature postmoderne. En 2006, il reçoit le Prix Prince des Asturies pour l’ensemble de son oeuvre et devient Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres en 2007.

Paul Auster a réalisé un marathon d’écriture de plus de trois années consacrées à la rédaction d’un roman de 925 pages, «le plus volumineux de sa vie». Six ans après la sortie de sa dernière fiction, « Sunset Park », « 4 3 2 1 » paraît au début de 2017.

Mon avis :

Par où commencer pour parler de ce monument ? C’est du lourd, au propre comme au figuré, un livre de poche (Babel 1660) de 1208 pages en petits caractères, un récit d’une densité incroyable et une construction à nulle autre pareille. Impossible de résumé cette oeuvre exceptionnelle si ce n’est par ce raccourci : le destin du jeune Archibald Ferguson dans les années 50, 60 aux Etats unis, petit fils d’un immigré biélorusse juif.

Le début du roman est assez cocasse mais il résume bien l’idée que certains choix et certains évènements vont influencer notre vie, notre destin. Ce roman commence par l’histoire du grand père de Ferguson, parti à pied de Minsk avec cent roubles cousus dans la doublure de sa veste. Embarqué sur un bateau « L’impératrice de Chine », il arrive dans le port de New York, le premier jour du XXè siècle. Pendant qu’il attend pour être interrogé par un agent du service d’immigration, un compatriote juif russe lui conseille d’oublier son nom Reznikoff pour un nom qui sonne américain, il lui propose Rockefeller. Après deux heures d’attente, face au fonctionnaire il a oublié le nom et quand on lui demande il répond « Ikh hob forgessen ! (j’ai oublié). Ainsi Isaac Reznikoff commença sa nouvelle vie sous le nom de Ich Abod Ferguson. Son destin aurait sans doute été différend s’il avait retenu Rockefeller, le nom de la famille la plus riche des Etats-Unis.

Ainsi démarre le récit, ensuite c’est la rencontre des parents de notre héros Archibald (Archie) et en 1947 sa naissance. 1947 qui est aussi l’année de naissance de Paul Auster (et de la mienne !), il est certain qu’il y a beaucoup de la vie de l’auteur dans ce roman, son amour du base-ball, du basket-ball, du cinéma et de la littérature française, etc. Un récit atypique puisque l’auteur multiplie Ferguson par 4, il imagine différents scénarios en variant les évènements, les circonstances, celles qui concernent Ferguson mais aussi toute sa famille et ses amis. Que serait-il arrivé si les évènements avaient été différents ?

L’auteur passe d’un scénario à l’autre, d’un chapitre à l’autre, inutile d’essayer de les remettre en place, finalement ça n’a pas d’importance. Tantôt ses parents font fortune, tantôt ils sont désargentés, tantôt sa tante Mildred divorce et se remarie ce qui donne à Archie (fils unique) un cousin par alliance, tantôt sa mère abandonne son travail, tantôt elle fait une carrière de photographe, tantôt ses parents divorcent et sa mère se remarie avec un homme qui a deux enfants,.. .

Ce roman est aussi une véritable fresque de l’histoire des Etats-Unis dans cette période 50-60, la guerre du Vietnam, les assassinats des Kennedy, de Martin Luther King, les émeutes raciales et estudiantines, l’élection de Nixon, etc. C’est ainsi que nous suivons Ferguson dans tous le évènements de sa vie, ses choix universitaires, ses amitiés, ses amours homosexuels et hétérosexuels, sa passion pour la littérature et le cinéma, nous déambulons avec lui à New York et à Paris, et puis son talent d’écriture, … il deviendra écrivain (comme Paul Auster), la fin du récit est assez géniale. Un long roman, très touffu, écrit dans un style très fluide, très précis, jamais ennuyant ce qui sur 1200 pages est un vrai exploit. Un très très bon moment de littérature, un livre inoubliable, certainement un des meilleurs que j’ai lu ces dernières années.

En marge de l’ouvrage : Paul Auster, l’homme qui brûle : nous l’avons rencontré chez lui, à Brooklyn

(Extraits) Publié le jeudi 25 novembre 2021 Miguel Allo RTBF

La rue est en légère pente, à quelques centaines de mètres seulement de Prospect Park, véritable poumon vert de Brooklyn. Les maisons en brique rouge et leurs escaliers de pierre en façade s’alignent avec élégance. C’est ici que vit Paul Auster. En plein cœur de ses romans finalement. Puisque son œuvre est indissociable de New York et plus particulièrement de son quartier de Park Slope. « Désolé, je n’ai pas eu le temps de me raser. » Les cheveux tirés en arrière, le regard intense, il nous invite à nous installer autour de la grande table en acajou du salon. « Comment ça va en Belgique ? La dernière fois que j’y suis allé, vous n’aviez plus de gouvernement. Quel étrange pays vous habitez. Et c’est un Américain qui vous dit ça ! » Il rit.

C’est en 1982 que Paul Auster publie son premier livre, « L’invention de la solitude ». Un texte inspiré par la mort de son père. « C’était tellement soudain. Inattendu. Il n’avait que soixante-six ans. » Le succès est au rendez-vous. Aux États-Unis, bien sûr, mais aussi dans le monde francophone qui adopte aussitôt son écriture. Une histoire d’amour qui ne faiblira jamais. « Je ne sais pas pourquoi j’ai un tel succès dans le monde francophone. Je ne me l’explique pas. »

Les livres vont alors s’enchaîner : la trilogie new-yorkaise, Le voyage d’Anna Blume, Moon Palace, La musique du hasard (« Le livre le plus politique que j’aie jamais écrit »), Leviathan, Mr Vertigo, Le conte de Noël d’Auggie Wren, La nuit de l’oracle. Ou plus récemment 1,2,3,4. Pour (re) découvrir l’œuvre de Paul Auster, il faut absolument voir les deux films co-réalisés avec Wayne Wang : Smoke et Brooklyn Boogie. En près de vingt romans, Paul Auster s’est imposé comme un formidable raconteur d’histoires. Ses obsessions récurrentes : la perte, l’errance, le pouvoir de l’argent, le rapport au père, l’écriture comme façon d’être au monde, la solitude.

« Je suis un auteur à obsessions multiples. » Entre les lignes, son œuvre nous pousse avant tout à l’aventure et à l’action. « C’est vrai, la vie est fragile. Tout peut basculer à tout moment. Le hasard arrive, c’est un fait. Mais, c’est à toi d’agir et d’inventer la vie que tu désires. » Rieur, tragique, inquiet, Paul Auster nous a parlé sans tabou. De ses livres bien sûr. Mais aussi de la sagesse qui n’arrive pas. Et du diable de l’écriture qui ne lui laisse aucun répit.

Jérôme Colin : Vous écrivez depuis plus d’un demi-siècle. Les artistes ont des obsessions. Quelle est celle sur laquelle vous travaillez depuis toutes ces années ?

Paul Auster : Je suis un auteur à obsessions multiples. Dès qu’il m’arrive quelque chose dans la vie, je développe une nouvelle obsession. Comme écrivain, j’ai écrit dans plusieurs formes : des poèmes, des essais, des traductions, des scénarios, des romans. J’ai même écrit plusieurs pièces quand j’étais jeune, heureusement oubliées. Chaque discipline demande une autre facette de l’écriture, mais toute forme d’écriture me fascine. L’acte d’écrire est pour moi une façon de se connecter au monde autour de moi.

J. C. : Quand on écrit, est-ce qu’on existe au monde de manière différente ? Est-ce que le fait d’écrire vous a poussé à une vie plus intense qu’elle n’aurait été sans l’écriture ?

P. A. : C’est une bonne question. Et je vais vous répondre à travers une anecdote. J’ai un très fort souvenir du premier poème que j’ai écrit. J’avais neuf ans, c’était un samedi matin. C’était la première belle journée de printemps. J’étais libre et d’une humeur très joyeuse. Je suis sorti de chez moi pour faire une promenade vers le petit village où j’habitais dans le New Jersey. J’ai traversé un parc public et j’étais interloqué par les oiseaux qui revenaient du sud à cette saison. Le ciel brillait et j’ai eu envie d’écrire un poème… J’ai acheté un crayon et un carnet et je suis retourné dans le parc. Je me suis assis sur l’herbe et j’ai écrit un poème, peut-être mauvais et stupide. Mais, ce que j’ai éprouvé ce jour-là, c’est que le processus d’écriture a déclenché chez moi quelque chose où je me sentais plus proche et plus connecté aux choses autour de moi. C’était une expérience nouvelle et étonnante. Comme la révélation que j’étais une partie du monde, que le monde était attaché à moi et moi au monde. Ce sentiment était si fort que depuis, je recherche cela. C’est bizarre, parce que quand on écrit on est seul, forcément. Mais en fait, on est moins seul que d’habitude.

J. C. : Vous êtes l’auteur du hasard… Mais surtout de notre libre arbitre, nous devons agir, et inventer notre vie, pas d’excuse…

P. A. : Je ne suis pas obsédé par le hasard, mais je veux insister sur le fait que le hasard est une partie du fonctionnement du monde, c’est une réalité. L’imprévu existe, il est toujours là. Il existe. Les choses arrivent comme ça, sans raison parfois. Si on est conscient de cela, alors, on peut s’adapter plus vite aux circonstances que les autres qui sont plus rigides. Par exemple, cette crise que l’on vit avec la pandémie, cela n’a pas du tout été un choc pour moi. Je savais qu’un jour, cela allait arriver. Beaucoup de gens que je connais étaient agacés et furieux, comme si c’était une insulte qu’on leur faisait, mais non, il faut simplement s’adapter aux circonstances. Il y a des choses bien pires que cela, par exemple les guerres qui du jour au lendemain vont obliger les populations à vivre différemment.

J. C. : On dit qu’à tout problème, il y a une solution. Si on est mal dans sa peau, on pourrait croire que créer, exorciser, sortir ça de soi pourrait nous guérir. Quant à vous, écrire ne vous a pas guéri de votre mélancolie ?

P. A. : Non, l’art n’est pas une thérapie. Il y a des moments ou le fait de travailler soulage un peu parce qu’on oublie les problèmes en étant occupé. Mais après, rien ne change. Le premier texte de prose que j’ai publié, c’était « L’invention de la solitude » en 1982. Ça a été déclenché par l’annonce soudaine de la mort de mon père à 66 ans. C’était très choquant, parce qu’il n’avait jamais été malade. Je croyais que, peut-être, l’acte d’écrire à son sujet pouvait soulager ma douleur et parfois pendant les heures de travail, c’était le cas. Mais dès que j’avais terminé le texte, c’était comme si je ne l’avais pas fait. Les mots n’ont pas changé la réalité. C’est intéressant… On ressent beaucoup d’émotions quand on écrit. Il y a des hauts et des bas. À certains moments on est très heureux parce qu’on a réussi à écrire ce paragraphe. Et parfois, c’est le contraire, on est dégoûté… Trois jours pour écrire le même petit paragraphe.

J. C. : Vous disiez : « Écrire n’a pas allégé ma peine ». Notamment par rapport à la mort de votre papa. Du coup, dans la vie, qu’est-ce qui allège vos peines ?

P. A. : Ce sont des choses tout à fait personnelles. C’est l’amour et surtout l’amour au sein de ma famille. L’amour que je porte à ma femme (la romancière Siri Hustvedt) et l’amour qu’elle me porte. Celui que j’ai pour notre fille Sophie aussi. Et pour son mari. Être avec ces trois personnes me soulage énormément. Ça me donne de la joie. J’ai beaucoup de chance de les avoir à mes côtés. Car beaucoup de gens n’ont pas ça. Cette vie familiale si nourrissante.

https://www.rtbf.be/info/medias/detail_paul-auster-l-homme-qui-brule-nous-l-avons-rencontre-chez-lui-a-brooklyn?id=10869998

L’ENVOL DU MOINEAU

Quatrième de couverture : 

Colonie de la baie du Massachusetts, 1672.

Mary Rowlandson vit dans une communauté de puritains venus d’Angleterre. Bonne mère, bonne épouse, elle souffre néanmoins de la rigidité morale étouffante qui règne parmi les siens. Si elle essaie d’accomplir tous ses devoirs, elle se sent de plus en plus comme un oiseau en cage. Celle-ci va être ouverte de façon violente lorsque des Indiens attaquent son village et la font prisonnière. Mary doit alors épouser le quotidien souvent terrible de cette tribu en fuite, traquée par l’armée. Contre toute attente, c’est au milieu de ces « sauvages » qu’elle va trouver une liberté qu’elle n’aurait jamais imaginée. Les mœurs qu’elle y découvre, que ce soit le rôle des femmes, l’éducation des enfants, la communion avec la nature, lui font remettre en question tous ses repères.

Et, pour la première fois, elle va enfin pouvoir se demander qui elle est et ce qu’elle veut vraiment. Cette renaissance pourra-t-elle s’accoutumer d’un retour « à la normale », dans une société blanche dont l’hypocrisie lui est désormais insupportable ?

« Une magnifique épopée romanesque, inspirée d’une histoire vraie. Ce roman dresse un tableau réaliste de la vie quotidienne à l’époque coloniale, tout en rendant un vibrant hommage à l’Amérique indienne. » Farid Ameur – Historia


L'auteur : Amy BELDING BROWN

Nationalité : États-Unis

Amy Belding Brown est poétesse, nouvelliste et romancière. Diplômée du Bates College à Lewiston, Maine, elle est titulaire d’un MFA du Vermont College de l’Université de Norwich à Montpelier, Vermont, en 2002.

En 2005, elle publie son premier roman, « Mr. Emerson’s Wife ». « L’Envol du moineau » (Flight of the Sparrow, 2014) est son premier roman publié en France. Mariée et mère de quatre enfants, elle vit avec son mari à Thetford, dans le Vermont, depuis 2011.

Mon avis :

Le résumé de ce roman était alléchant, basé sur une histoire vraie, je me réjouissais de retrouver l’atmosphère et la culture amérindienne que j’avais tellement appréciée dans le roman de Jim Fergus : 1000 femmes blanches.

Mais ce roman n’arrive pas à la cheville de l’oeuvre de Jim Fergus à tel point que je l’ai abandonné après 150 pages ce qui m’arrive très rarement. Un récit lent, larmoyant au possible, pathétique, l’héroïne fait référence continuellement à sa religion ensuite on sent venir l’auteure avec des gros sabots, une romance va naître entre un indien et cette femme prisonnière, rien de bien intéressant.

Je dois avoir un problème avec ces femmes de lettres américaines qui cultivent l’art du tragico-mélodramatique, comme Delia Owens avec « Là où chantent les écrevisses », je les place dans le même panier !

NEW IBERIA BLUES

Quatrième de couverture : 

Même quand il était sans le sou, Desmond Cormier a toujours cru à son destin. Aujourd’hui, il est l’un des grands d’Hollywood. Revenu dans sa Louisiane natale pour tourner son nouveau film, il séjourne dans une magnifique maison en bordure de la baie. Dave Robicheaux, qui le connaît depuis longtemps, lui rend visite.

Mais en regardant la mer à travers le télescope de Cormier, Dave a une vision aussi surréaliste que terrifiante : une jeune femme noire ligotée à une croix de bois se balance au gré des vagues.

« La Burke Touch : départ en trombe, course longue et folle, dialogues soignés. Sans compter les envoûtantes descriptions de sa chère Louisiane et au delà. » Le Canard enchaîné


L'auteur : James Lee BURKE

Nationalité : États-Unis, né à : Houston, Texas , le 05/12/1936 James Lee Burke est un écrivain américain de romans policiers. Il passe son enfance sur la côte entre le Texas et la Louisiane. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fréquente l’école catholique, où il découvre sa vocation d’écrivain. Il poursuit ses études à l’Université de Louisiane du Sud-Ouest (1955-1957) ainsi qu’à l’Université du Missouri-Columbia d’où il sort diplômé d’un baccalauréat en arts puis d’une maîtrise en arts dans les domaines de la littérature et du journalisme en 1960.

À l’université, Burke rencontre Pearl Pai Chu, native de Pékin. Le mariage a lieu en 1960. Il auront quatre enfants dont l’auteure de romans policiers Alafair Burke (1969). Quittant l’université, Burke a d’abord pratiqué plusieurs métiers: dans le pétrole (1961), travailler social à Los Angeles (1962-1964), reporter en Louisiane (1964) et employé du Service des Forêts dans l’est du Kentucky (1965-1966). Jusqu’en 1986, il a été enseignant d’anglais. Il a enseigné l’écriture créative à l’Université d’État de Wichita (Kansas).

Son premier thriller, « La moitié du paradis » (« Half of Paradise »), a été publié en 1965. Mais c’est en 1987 avec « La pluie de néon » (« The Neon Rain ») mettant en scène pour la première fois un des plus grands héros de littérature noire Dave Robicheaux que sa carrière prend une autre dimension. « Black Cherry Blues » (1989), le troisième roman de la série, obtient le Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur roman 1990. Deux fois lauréat du prestigieux Edgar Award, il poursuit les sagas qui l’ont rendu célèbre, celle de l’enquêteur Dave Robicheaux (héros de « Dans la brume électrique » (« In the Electric Mist », 1993) que Bertrand Tavernier a porté à l’écran en 2008) et du shérif Hackberry Holland. En 2018, James Lee Burke revient avec la 21e aventure de son flic Dave Robicheaux dans « Robicheaux ».

Mon avis :

James Lee Burke sait raconter une histoire, il le fait avec beaucoup de lyrisme surtout quand il prend comme décor sa région, La Louisiane dont il parle avec beaucoup de ferveur. La Louisiane omniprésente, le bayou, son climat, sa faune et sa flore. Ce décor naturel dessert à merveille une sombre histoire de crimes mystérieux et horribles avec comme seul indice une croix de Malte et peut-être des références aux cartes de tarot, meurtres ritualisés ?.

Nous sommes dans l’univers impitoyable du cinéma, de la mafia en arrière plan, de flics véreux et maquereaux, de pauvres prostituées mal traitées, d’une chanteuse de blues, d’une jeune adjointe au shérif et bien sûr du détective vedette de l’auteur Dave Robicheaux, de sa fille, de son meilleur ami, l’un et l’autre écorchés de la guerre du Vietnam.

Un scénario touffu, parfois un peu confus, parfois un peu mystique, le mystère demeure jusqu’à l’épilogue de cette histoire très sombre. Une enquête complexe, une atmosphère glauque, l’auteur nous entraîne sur différentes pistes bien difficiles à démêler, un scénario solide, un style incisif, des personnages bien typés, tous les ingrédients sont réunis pour un beau plaisir de lecture.

En marge de l’ouvrage : La Louisiane: au pays des bayous et de la joie de vivre

(Extraits) Aller en Louisiane, c’est découvrir une tout autre Amérique, dont les charmes valent amplement le voyage. À commencer par ses paysages de cinéma et sa cuisine à réveiller un mort! par Marie-Hélène Proulx 12 décembre 2019

J’ai toujours été fascinée par les histoires qui se passent dans le sud des États-Unis. J’ai lu et relu Un tramway nommé Désir, La couleur pourpre et Douze ans d’esclavage. Quelle émotion de voir de mes yeux le célèbre fleuve Mississippi et les anciennes plantations de coton, après les avoir tant imaginés! Et je n’étais pas au bout de mon enchantement: il y a tout plein de raisons de descendre dans l’État des bayous, au moins une fois dans sa vie, en voici quatre.

Pour son étrange beauté Il faut avoir la couenne dure pour habiter ce territoire jouxtant le golfe du Mexique, où les crues du Mississippi, les tempêtes tropicales et l’érosion du littoral font des ravages. Sans compter l’humidité extrême l’été et la présence exaspérante des moustiques, dont on recense plus de 68 espèces… Mais l’endroit a de l’âme. Son charme teinté de mélancolie tient en partie aux 12 000 kilomètres carrés de bayous serpentant dans tout le sud de l’État, d’où son surnom de « Venise de l’Amérique ». On a l’impression, en sillonnant en bateau les méandres bordés de cyprès chauves, de pénétrer dans un conte peuplé de créatures inquiétantes, tapies dans les eaux boueuses. Le bassin d’Atchafalaya, au sud de l’État, est un site spectaculaire pour découvrir les bayous. Cette zone humide grouille d’une soixantaine d’espèces de reptiles et d’amphibiens et de 250 sortes d’oiseaux. On la visite en kayak, en canot, en embarcation motorisée ou à vélo. Sinon, la route Interstate 10, juchée sur d’énormes pilotis en béton, offre une vue saisissante des marais.

Pour son héritage français J’ai eu la joie de me découvrir, aux confins des États-Unis, de sympathiques nouveaux cousins. Qui disent, comme nous autres, « asteure » et « icitte », « maringouin » au lieu de moustique, et « mouiller » à la place de pleuvoir. C’est qu’à l’instar du Québec, la Louisiane a été colonisée par des Français de la Normandie et du Poitou, dès la fin du 17e siècle. D’où les airs de famille. À ces 7 000 immigrants se sont ajoutés les Acadiens des Maritimes – les Cajuns –, déportés en 1755 par les Anglais, ainsi que des esclaves noirs francophones originaires des Antilles. Même si l’usage du français se raréfie depuis les années 1970 (à peine 7 % de la population peut le parler), certains refusent de « lâcher la patate », comme ils disent. « J’éduque ma fille en français, et je suis franco-louisianais avant d’être américain », s’est empressé de m’informer notre guide, Joseph Dunn, dont la famille est établie en Louisiane depuis le 18e siècle. Grâce à des batailleurs comme lui – il a été directeur du Conseil pour le développement du français en Louisiane pendant quelques années –, l’affichage sur les routes en français est désormais permis, et, depuis octobre 2018, l’État fait partie de l’Organisation internationale de la francophonie.

Pour son boudin (et autres délices!) Rien que d’y penser me donne faim. Le boudin version cajun consiste en un mélange de riz, d’épices, d’oignon et de viande fourré dans un boyau, à la manière d’une saucisse. Sa confection relève du sport national: toutes les boucheries se vantent de préparer le meilleur, et ça joue dur lors des compétitions annuelles de boudin en octobre, à Lafayette. Pour goûter aux variantes à base de porc, d’alligator ou de fruits de mer, on emprunte le circuit gastronomique Cajun Boudin Trail. Arrêt obligatoire: le Bourgeois Meat Market, à Thibodaux, pour un burrito de boudin bien chaud (et tant qu’à y être, du turkey cheese, une sorte de terrine de dinde qui fond dans la bouche). Même extase chez Johnson’s Boucanière, à Lafayette. Pour l’expérience ultime, il faut s’asseoir à la terrasse rudimentaire du charcutier, où les émanations du fumoir se mêlent à la chaleur torride. Je recommande l’énorme sandwich au boudin de porc, relevé à souhait, accompagné d’un Swamp Pop au gingembre pour éteindre le feu!

Pour son cœur à la fête En Louisiane, une personne sur cinq est pauvre, l’obésité est endémique, la discrimination envers les Noirs subsiste après des siècles d’esclavage, le risque d’inondations meurtrières plane chaque saison des ouragans… Et pourtant, on « laisse les bons temps rouler », pour reprendre le cliché. Selon un sondage du Bureau national de recherche économique des États-Unis, les gens qui y vivent compteraient parmi les plus heureux au pays. En tout cas, ils sont d’une gentillesse exquise – mon cœur fondait chaque fois qu’une serveuse m’appelait « Sugar » en remplissant ma tasse de café. Et ils savent faire la bamboula comme personne! En particulier à La Nouvelle-Orléans, surnommée « Big Easy » ou NOLA (un diminutif de New Orleans, Louisiana). Dans cette ville au bordel architectural, tout est prétexte à parade et festival. L’apothéose étant le Mardi gras, célébré depuis 1847, 47 jours avant Pâques. Un must: le Mardi Gras World, un immense atelier dans le port de La Nouvelle-Orléans, où sont fabriqués les personnages géants en papier mâché qui défilent pendant le carnaval.

LA RÉVOLUTION D’UN SEUL BRIN DE PAILLE

Quatrième de couverture : 

Les lecteurs qui attendent de ce livre qu’il ne parle que d’agriculture seront surpris de découvrir que c’est aussi un livre sur l’alimentation, la santé, les valeurs culturelles, les limites de la connaissance humaine.

D’autres lecteurs qui seront venus à ce livre pour avoir entendu parler de sa philosophie, seront surpris de le trouver rempli de connaissances pratiques sur la culture du riz et des céréales d’hiver, des agrumes et des légumes dans une ferme japonaise.

C’est justement à cause de telles habitudes – parce que nous avons appris à attendre que les gens soient des spécialistes et que les livres n’aient qu’un sujet – que nous avons besoin de la Révolution d’un brin de paille. Le livre nous est précieux parce qu’il est à la fois pratique et philosophique. C’est un livre vivifiant, utile sur l’agriculture parce qu’il n’est pas uniquement sur l’agriculture.

«  »Comme beaucoup en occident et avant la plupart d’entre nous, Masanobu Fukuoka a compris que nous ne pouvions pas isoler un aspect de la vie d’un autre aspect. quand nous changeons la manière de faire pousser notre nourriture, nous changeons notre nourriture, nous changeons notre société, nous changeons nos valeurs. » Wendell Berry « 

Résistant à l’agriculture industrielle et aux méthodes empruntées aux Occidentaux, Fukuoka a prôné un retour à l’agriculture sauvage, qui aurait autant de succès dans ses résultats, mais sans les impacts d’une trop grande exploitation peu respectueuse de la nature, qui épuise les sols. Ce classique publié en 1975 parle non seulement d’agriculture, mais aussi de spiritualité, dans la veine taoïste et bouddhiste. » La Presse

L'auteur : Masanobu FUKUOKA

Nationalité : Japon, né le : 02/02/1914, décédé le : 16/08/2008

Masanobu Fukuoka a reçu une formation de microbiologiste. Il s’est spécialisé dans les maladies des plantes et a travaillé quelques années comme inspecteur des douanes en matière agricole. A vingt-cinq ans déjà. M. Fukuoka commence à mettre en question les principes fondamentaux de l’agriculture moderne. Il décide de quitter sa carrière technique et de retourner à son village natal où il travaille dans sa ferme dominant la baie de Matsuvama dans l’île de Shikoku au sud du Japon pendant trente-cinq ans à développer une méthode unique d’agriculture sauvage.

Sa ferme devient un lieu d’échange sur ses pratiques pour des experts et curieux venus du monde entier. Il est l’auteur de la Révolution d’un seul brin de paille qui raconte et théorise son expérience en agriculture naturelle. Sa pratique inspire en grande partie la permaculture de Bill Mollison et David Holmgren, malgré des différences philosophiques notables, l’agriculture naturelle étant basée sur le non-agir et le refus du savoir scientifique et rationnel.

En 1988 il a reçu le « Ramon Magsaysay Award », souvent considéré comme équivalent au prix Nobel en Asie pour ses travaux et services rendus « à l’Humanité ».

Mon avis :

Avec mon épouse, nous avons décidé de quitter la pollution de la ville sous toutes ses formes, atmosphérique, visuelle, sonore, … pour revenir à une forme de vie plus naturelle. C’est ainsi que nous avons acheté dans le village voisin une ancienne ferme Koulak qui nous permettra de vivre dans un environnement beaucoup plus sain notamment quant à la qualité de l’air. L’ensemble est composé d’un corps de logis et ses annexes, étables, grange, … sur un terrain de 5000m² planté d’arbres fruitiers.

Un gros travail de rénovation nous attend – il nous faudra sans doute 2 ans – le but étant outre la qualité de l’environnement, d’élever des poules, de cultiver nos légumes et nos fruits sans produits chimiques, sans pesticides et peu importe le rendement, c’est la qualité et le goût des produits que nous privilégierons. Nous avons déjà commencé avec les poules que nous nourrissons sans farine animale, sans antibiotique, uniquement avec des produits de qualité, blé, avoine, tournesol, maïs et zéolite, la qualité et le goût des oeufs sont sans aucune mesure avec ceux du commerce.

C’est dans cette optique que l’ouvrage de Masanobu Fukuoka nous a intéressé, le sous titre de l’ouvrage étant « Une introduction à l’agriculture sauvage ». Ce paysan japonais a prouvé dans son exploitation que ne pas labourer, ne pas apporter ni engrais, ni produits chimiques lui permettait d’avoir d’aussi bonnes récoltes que n’importe lequel de ses confrères. En même temps, il ne polluait pas ses terres, que du contraire elles devenaient de bien meilleure qualité en fournissant beaucoup moins d’efforts. Le principe était de semer le riz à la volée, après la moisson de laisser la paille sur les champs et laisser le trèfle pousser. Bien avant que le terme permaculture n’apparaisse, Mr Fukuoka l’a pratiquait avec bonheur. Un livre agréable à lire qui outre les conseils d’agriculture aborde d’une manière philosophique des aspects de la vie en général et qui fait la part belle à la nature.

En marge de l’ouvrage : Je suis vigneron et voici pourquoi je ne souhaite pas produire en bio. Les labels bio, c’est un grand pas pour les industriels, mais un tout petit pas pour la planète. Par Armand Heitz, Vigneron et agriculteur.

AGRICULTURE – La question est récurrente: est-ce que vous êtes bio? C’est légitime, je travaille avec la nature, mettant beaucoup en avant cette relation.

Les labels monopolisent l’attention et le débat autour de la production agricole dans le respect de l’environnement. Ce sont des chartes qui ont le mérite de rassurer le consommateur, mais peut-on réellement affirmer qu’elles garantissent une production vertueuse et durable? Je me suis installé à Chassagne-Montrachet en 2013, reprenant le domaine familial non exploité depuis deux générations. Je sortais de mes études d’œnologie à Changins, et j’ai mis en place les principes de la biodynamie. Au bout de quelques années, j’avais de la peine à me sentir heureux avec ces pratiques. Agronomiquement, économiquement, et philosophiquement. La charge de travail administratif est démente, les coûts de production sont très élevés. Des contraintes très lourdes pour des résultats pas à la hauteur de mes espérances. Le bonheur de l’exploitant n’est pris en compte par aucun label… Cela n’a pas d’importance? Faut-il rappeler le taux de suicide chez les agriculteurs?

C’est surtout au niveau agronomique que mon constat s’est avéré le plus alarmant. Les sols étaient fatigués et ça n’allait pas en s’améliorant. Les produits autorisés dans la viticulture biologique sont des intrants qui viennent perturber l’écosystème. Par exemple, le produit bio pour lutter contre la flavescence dorée est destructeur pour les autres insectes. La solution naturelle pour lutter contre ce ravageur est de repérer les pieds malades, les arracher et ainsi contrôler sa propagation. L’anticipation et le préventif sont essentiels. Dans 1 gramme de sol, il y a 1 milliard de bactéries. Dès que l’homme a voulu modifier l’ordre naturel des choses pour le tourner à son avantage, les ennuis ont commencé avec l’apparition de maladies. La question n’est pas d’arrêter d’utiliser des produits chimiques au profit du cuivre et du soufre. La question est d’arrêter complètement les traitements. Arrêter de labourer aussi. Les labels ne remettent pas en question ces pratiques dont nous devons parvenir à nous passer pour cultiver et produire durablement. C’est un impératif pour notre profession. Il devient urgent de revoir les systèmes de conduite de nos vignes qui deviennent obsolètes avec le changement climatique.

En 2017, nous nous sommes intéressés avec ma femme à la permaculture et l’agroécologie. Nous nous inspirons des travaux de Konrad Schreiber par exemple. La règle d’or est d’avoir des sols toujours couverts et jamais travaillés pour pouvoir initier un cercle vertueux de matière organique grâce au travail des vers de terre et de la vie bactériologique du sol.

Plutôt que de regarder les catalogues de produits chimiques et de tracteurs, nous regardons les catalogues du vivant et des techniques de cultures. Luzerne, vesce, pois, lentille, tritical, blé, orge, colza, sainfoin, chanvre, lin, sorgho, millet, trèfle, silphie…

Les résultats n’ont pas mis 3 ans: les parcelles recouvertes résistent mieux à la sécheresse et les sols sont vivants. Je préfère passer du temps à sélectionner des plantes en harmonie avec mes pieds de vignes plutôt qu’à remplir des papiers et formulaires pour obtenir une certification. Nous avons à cœur d’être autonomes. Notre projet est de cultiver un côté “hybride”: un domaine viticole en surface avec les fondements d’une ferme comme racines. Nous avons fait le constat avec Loaris, notre jardin en permaculture, qu’il est possible de produire nous-mêmes nos légumes, sans aucun intrant.

Je n’ai pas besoin d’un label pour me rappeler le fondement de mon métier. L’objectif est de ne plus dépendre de la filière chimico-industrielle qui a déconnecté les paysans de la nature. Les rayons des supermarchés verdissent, contrairement à nos paysages. Tous les produits bio que l’on y retrouve sont produits industriellement et en monoculture. L’industrialisation et l’uniformisation vont à l’encontre de la biodiversité et de l’évolution naturelle des espèces. Les labels répondent très certainement à une tendance où les enjeux capitalistes et l’hypocrisie d’une bonne conscience environnementale prennent le dessus sur le respect des évolutions de la nature. Lorsque le bio devient un argument de vente et une segmentation de niche marketing, nous tombons dans un tourbillon qui n’est en rien vertueux pour notre santé ou la planète. Les labels bio, c’est un grand pas pour les industriels, mais un tout petit pas pour la planète.

Le bilan carbone est lui aussi absent des différents cahiers des charges. Nous pouvons ainsi trouver un vin bio dans une bouteille de verre dite “lourde” pour paraître plus qualitative et être expédiée par avion. Un non sens ! Tout comme une tomate bio en plein mois de novembre. Je suis favorable à l’affichage obligatoire du bilan carbone sur chaque étiquette. On pourrait ainsi se rendre compte des résultats parfois dramatiques de la production d’une bouteille de vin ou d’une carotte. J’estime que le minimum syndical pour un exploitant agricole est de parvenir à une neutralité carbone.

Dans son livre manifeste La révolution d’un seul brin de paille: Une introduction à l’agriculture sauvage, (Ed. Guy Trédaniel) Masanobu Fukuoka écrit: “Quelque chose qui est né de l’orgueil humain et de la quête du plaisir ne peut pas être considéré comme vraie culture. La vraie culture naît dans la nature, elle est simple, humble et pure. Si elle manque de vraie culture, l’humanité périra.” Observons la nature plutôt que d’avoir une confiance aveugle en ces labels complexes et indigestes. Chaque terroir a ses spécificités que nous devons prendre en compte. Je ne suis pas certifié bio. Je travaille avec la nature.

AVANT LES DIAMANTS

Quatrième de couverture : 

Hollywood, 1953.

L’industrie cinématographique est un gâteau fourré à l’arsenic que se disputent la mafia, l’armée et les ligues de vertu catholiques. Dans ce marécage moral et politique, ne survivent que les âmes prêtes à tout. Le producteur raté Larkin Moffat est de ceux-là. Abonné aux tournages de séries B, il fait vivoter les crève-la-faim du cinéma et enrage contre ce système qui l’exclut.

Jusqu’au jour où il se voit proposer la chance de sa vie. Dans cette combine dangereuse vont graviter autour de lui le major Buckman, parieur et coureur invétéré, le très ambivalent père Santino Starace, l’impresario et proxénète Johnny Stompanato. Tous vont croiser leurs destins, multiplier les manœuvres et les crimes dans ce grand cirque du cinéma américain.

Alors que défilent les Errol Flynn, Clark Gable, Hedy Lamarr et autres Frank Sinatra, ce petit monde sans scrupule va s’adonner à ce qu’il sait faire de mieux : manipuler les masses et veiller à son profit.

« En 1953, Hollywood était raciste, sexiste, réactionnaire, violent, cynique, inculte, clientéliste, corrompu en profondeur par la mafia et instrumentalisé par l’armée américaine. Au-delà de ça, les stars de l’époque savaient vivre et avaient une forme de gaité frénétique dans leur débauche qu’on peut trouver séduisante, même si leurs excès pouvaient s’apparenter parfois à de l’autodestruction. » Dominique MAISONS

L'auteur : Dominique MAISONS 

Nationalité : France, né à : Paris , le 6/08/1971

Dominique Maisons est auteur de roman policier. Il a été éditeur de presse, traducteur de bande-dessinée, a travaillé 10 ans dans la musique, a coproduit un long métrage (un thriller franco-chinois, « L’œil du silence » ) ainsi que les DVD de « La Vie privée des animaux » de Patrick Bouchitey.

Son premier thriller, « Le psychopompe » (2010), a été couronné du Grand Prix VSD du polar 2011 (réédité chez Pocket sous le titre « Les Violeurs d’âme »). Son précédent roman, « Le festin des fauves », a été sélectionné pour le Prix Polar 2016 de Cognac. En 2016, il publie « On se souvient du nom des assassins » et en 2018, « Tout le monde aime Bruce Willis ». En 2020, « Sauvons les diamants », Prix Claude Chabrol 2021

Mon avis :

L’auteur, très bien documenté, nous entraîne dans le cinéma des années 50 à Hollywood. Un roman noir écrit dans un style fluide, précis et détaillé, le rythme est très rapide, aucun temps mort, un récit passionnant pour une histoire bien ficelée, très bien ficelée.

Un roman qui mêle astucieusement des faits et personnages historiques avec une intrigue convaincante. C’est ainsi que nous croiserons les grandes vedettes de l’époque, Clark Gable, Errol Flynn, Hedy Lamarr, les grands réalisateurs Cecil B.de Mille, Daryl Zanuck, ou encore les mafieux John Roselli, Jack Dragna, Mickey Cohen, et le gangster Johnny Stompanato.

1953, la chasse aux communistes et au McCarthysme bat son plein, l’industrie cinématographique est aux mains des grands studios, de la mafia et des ligues catholiques. L’armée américaine charge deux agents d’engager un producteur de séries B pour produire un film teinté de propagande pour l’armée. L’opération est financée par la mafia, une valise de deux millions de dollars est confiée au producteur Larkin Moffat, avec la bénédiction de l’église et de son représentant le père Starace par ailleurs amateur de jeunes acteurs.

Moffat s’avère un personnage détestable et sans scrupules bien difficile à canaliser, il n’est pas le seul. Et il y a ces jeunes starlettes prêtes à tout et n’importe quoi, qui acceptent toutes les souffrances sexuelles et psychiques pour obtenir ce rôle qui fera d’elles une vedette. Tout ce petit monde avide veut réussir quelque soit le prix à payer, il est plongé dans l’horreur, les magouilles, l’hypocrisie, on ne sait plus vraiment qui est pris au piège de qui. Un scénario captivant de bout en bout et un final en feu d’artifice digne d’une super production hollywoodienne. Un très grand plaisir de lecture.

En marge du roman : Johnny Rosselli, le mafieux qui a infiltré Hollywood pour Al Capone

Vanity fair – Mélanie Hennebique 2 août 2021

Ce gangster au charisme ravageur est parvenu un temps à s’emparer de l’industrie cinématographique américaine. Entre extorsions de fonds, tentatives d’assassinat et productions de films, retour sur le parcours d’un criminel dont le talent a sauté aux yeux de Scarface lui-même. Johnny Rosselli faisait partie de ces belles gueules auxquelles on ne peut pas résister. C’est peut-être grâce à son allure de gentleman qu’il est parvenu à se faire beaucoup d’amis, notamment à Hollywood, qui se sont révélés d’une grande utilité. L’histoire de ce gangster italo-américain commence pratiquement comme toutes celles des hommes impliqués dans la mafia. Né en 1905 à Esperia, en Italie, Filippo Sacco, de son vrai nom, commet son premier meurtre à l’âge de 17 ans, avant de faire fortune grâce à la Prohibition dans les années 20. Racket, contrebande, jeu… Il a transité entre New York et Chicago et a fini par se faire un nom au sein de la mafia de la ville de l’Illinois, appelée L’Outfit de Chicago. Surnommé « Handsome Johnny », ce criminel a attiré l’attention de l’emblématique Al Capone, qui lui a donné l’ordre de réaliser une mission bien particulière.

Après la Prohibition, Johnny Rosselli s’est envolé pour Los Angeles, l’un des territoires couverts par son groupe mafieux. Sur place, l’Italo-Américain avait pour mission de créer un pont entre la mafia et l’industrie cinématographique, comme il en existait déjà à l’époque dans d’autres secteurs de la société. Il lui fallut peu de temps pour se sentir à l’aise dans les montagnes de Tinseltown : très vite, il a lié une forte amitié avec le producteur Bryan Foy, qui l’a introduit comme producteur dans le Eagle Lion Studios.

Le plus gros coup de Johnny Rosselli est d’avoir participé, à l’aide de complices, à une vaste extorsion de fonds dans l’industrie du cinéma américain. « Ils y sont parvenus en prenant le contrôle d’un syndicat, puis en exigeant des gains énormes de la part de chaque studio et en menaçant de fermer toute production de film s’ils ne payaient pas. Les gangsters ont amassé des millions comme ça », a expliqué Lee Server, auteur de l’ouvrage Handsome Johnny : The Life and Death of Johnny Rosselli, à Vice. La MGM, Warner, Columbia… Aucun des studios n’a résisté. Ce complot, censé littéralement détruire Hollywood, a finalement échoué et envoyé de nombreux criminels en prison.

Condamné à passer dix ans derrière les barreaux dans le cadre de cette affaire, Johnny Rosselli en réalisa finalement moins de quatre. Soucieux de laisser une trace de son passage dans les studios hollywoodiens, il y est revenu en tant que producteur. Sous le nom de James Rosselli, l’infiltré a ainsi travaillé sur de nombreux films de gangsters, mais aussi des films noirs comme Pénitencier du Colorado et Il marchait dans la nuit en 1948. L’influence de L’Outfit de Chicago a atteint son apogée lorsque l’un des leaders de la mafia, Tony Accardo, a ordonné à Johnny Rosselli de forcer Columbia à signer un contrat avec une certaine Marilyn Monroe pour plusieurs millions de dollars.

Mais, dans les années 50, les étoiles du grand écran ont fini par avoir raison de l’intérêt du gangster, qui s’est ensuite tourné vers les casinos de Las Vegas. Johnny Rosselli est rapidement devenu le représentant de L’Outfit of Chicago dans l’antre de tous les excès. Ainsi, les patrons de la mafia recevaient une partie des revenus engendrés par machines à sous et autres tables de poker. Toutefois, leur opulence fut considérablement menacée après la révolution cubaine de 1959. En fermant tous les casinos mafieux de Cuba, Fidel Castro a mis un coup d’arrêt aux trafics de drogues transitant vers les États-Unis et a fait perdre environ 100 millions de dollars à la bande de criminels, ainsi qu’à la CIA, qui touchait un pourcentage.

C’est ainsi que l’agence de renseignement américaine s’est tournée vers Johnny Rosselli. Sa mission : tuer Fidel Castro. Armé d’une pilule au contenu mortel, le gangster a tenté à maintes reprises de venir à bout du révolutionnaire. Ces multiples tentatives d’assassinat ont été évoquées en 1971 dans les colonnes du Washington Post, puis confirmées par la CIA en 2007, lors de la déclassification des documents « Family Jewels » (« Bijoux de famille »).

Après avoir rejoint The Friar’s Club à Los Angeles grâce à Frank Sinatra, là où il participa pendant plusieurs années à une escroquerie de grande ampleur sur les jeux de cartes, Johnny Rosselli a été rattrapé par d’anciennes activités peu légales. En 1975, dans le sillage du scandale du Watergate, il a été convoqué pour s’exprimer sur son implication dans les tentatives d’assassinat visant Fidel Castro. Mais le meurtre d’un éminent parrain, survenu à la suite de ses deux premières auditions, l’a finalement poussé à s’enfuir.

L’année suivante, alors qu’il devait être entendu dans le cadre de la conspiration ayant mené à l’assassinat de John F. Kennedy, Johnny Rosselli ne s’est jamais présenté. Déclaré disparu, son corps a finalement été retrouvé dans un bidon de pétrole dans la baie de Dumfounding, non loin de Miami. Étranglé, abattu et jambes coupées, il n’a pas été épargné par son assaillant. « Pour reprendre les termes du détective qui a retrouvé son corps : il avait énervé beaucoup de gens », a déclaré Lee Server à Vice. Mais même dans la mort, Johnny Rosselli a conservé ses lettres de noblesse : 71 ans est un âge exceptionnellement avancé pour le décès d’un gangster.

LE FILS DU DIEU DE L’ORAGE

Quatrième de couverture : 

Rutja, velu, la stature imposante, se leva. Il portait une cape en fourrure d’ours, une coiffure de plumes de rapace et un gourdin noueux à la ceinture. Il regarda calmement son père et les autres dieux puis dit d’une voix puissante « Je suis prêt à tout. […] Absolument tout ! »»

Et c’est ainsi que le fils du dieu de l’Orage descend aujourd’hui du ciel jusqu’en Finlande avec pour mission de reconvertir les Finnois à la vraie foi de leurs ancêtres.

Tel un Candide venu du fond des âges, il découvre avec stupéfaction les mystères de la condition humaine et les méandres incompréhensibles de la civilisation. Son apparence ayant de quoi terroriser les populations, il se réincarne en un paisible propriétaire terrien mais n’hésite pas à frapper de la foudre quiconque lui déplaît.

Réussira-t-il à atteindre son objectif ? C’est ce que nous conte avec son humour habituel Arto Paasilinna dans ce nouveau roman, détonant mélange de fable sociale et d’épopée mythologique…

L'auteur : Arto Paasilinna

Nationalité : Finlande, Né à : Kittilä , le 20/04/1942, décédé à : Espoo , le 15/10/2018

Arto Paasilinna est un écrivain finlandais. Il est né dans un camion, en plein exode face aux forces soviétiques, durant la Guerre de Continuation ; sa famille, fuyant les combats, est chassée vers la Norvège, puis la Suède et la Laponie finlandaise.

Dès l’âge de treize ans, il exerce divers métiers, dont ceux de bûcheron et d’ouvrier agricole, pratiquant les métiers du bois et de la terre nécessaires pour reconstruire la Laponie dévastée par la Seconde Guerre Mondiale. A vingt ans, il décide de reprendre ses études afin de devenir journaliste et va à l’école Supérieure d’éducation populaire de Laponie (1962-1963). Il entre ensuite, comme journaliste-stagiaire, au quotidien régional Lapin Kansa (Le peuple lapon). Il collabore de 1963 à 1988 à divers journaux et revues littéraires.

Les premiers romans sont du genre « grinçant » : « Prisonniers du paradis », « Le Lièvre de Vatanen », « Un homme heureux », « Le Meunier hurlant », « La Forêt des renards pendus ». La deuxième période est plutôt « picaresque », avec « Petits suicides entre amis », « Le Fils du dieu de l’orage » et « Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen ». Arto Paasilinna a aussi écrit pour le cinéma, la radio et la télévision ; il s’intéresse aux arts graphiques et a écrit des poèmes.

Mon avis :

Après un auteur allemand et un auteur norvégien, je reste dans le grand nord avec un auteur finlandais, un auteur que je ne connaissais pas du tout, qui eut une production importante et beaucoup de succès. J’ai suivi la suggestion de Patrick Fouillard qui publie quotidiennement sur son blog un billet d’humeur et d’humour ainsi que son avis sur ses lectures, bien m’en pris. (https://jourdhumeur.wordpress.com/).

Le fils du dieu de l’orage est un roman atypique, une espèce de fable fantastique burlesque à souhait. Les dieux traditionnels de la mythologie finnoise sont inquiets, le christianisme a pris le dessus, il faut absolument réagir pour récupérer les fidèles. Une assemblée des dieux est convoquée pour évoquer le sujet.

 » Comment faire ?

Les uns proposent de prendre les armes et d’entamer une guerre de religion comme l’ont fait les chrétiens. Les autres refusèrent cette éventualité car ils n’ont pas à proprement parlé de Dieu de la guerre, ils proposèrent de prendre modèle sur les chrétiens et qu’on envoie un dieu sur terre. C’est cette dernière proposition qui est retenue, ils décident d’envoyer Rutja, le fils de Ukko Ylijumala, le plus vieux de tous les dieux et par ailleurs Dieu de l’orage, en mission.

Rutja arrive avec fracas sur terre, transporté par un éclair fulgurant, et tombe sur un brave antiquaire qui fait une offrande aux Dieux dans la forêt. Rutja et Sampsa échangent leur corps, l’épopée de Rutja sur terre peut commencer. Celui-ci apprend avec étonnement et plaisir à manger, à boire, à baiser, à déféquer, etc…, les dieux n’ont pas ces besoins.

Va t-il réussir sa mission ? C’est via un asile de fous, hystériques et malades imaginaires, qu’il va entreprendre son travail. Un roman vraiment savoureux, décapant et hilarant, un roman qui égratigne les religions en général mais aussi le communisme, le marxisme, etc., une belle satire de la société. Des personnages bien typés comme l’inspectrice des impôts, le psychiatre ou le pasteur. Je me suis vraiment beaucoup amusé à suivre les péripéties de Rutja sur terre.

Du Paasilinna , j’en redemande !

En marge du roman : Mort d’Arto Paasilinna, le doux empoisonneur

par Claire Devarrieux – Libération 10/2018

«Le Lièvre de Vatanen» reste le roman le plus connu du Finlandais, poétique et truculent, mort lundi 15 octobre 2018 à l’âge de 76 ans. Il faudra désormais se passer de sa folie douce. Arto Paasilinna, l’auteur du Lièvre du Vatanen (Denoël, 1989) et du Meunier hurlant, le représentant le plus célèbre en France de la littérature finlandaise (exception faite de Tove Jansson, la mère des Moumines), est mort lundi près d’Helsinki. Il avait 76 ans. Il était traduit dans plus de 36 langues, avait publié à peu près autant de romans. S’il écrivait ses livres à la hache, comme l’ancien bûcheron qu’il avait été, expédiant ses intrigues, il aura su néanmoins préserver les pouvoirs de sa potion magique : l’alliance du quotidien et de la déraison, pour émouvoir, faire rire, et venger le pauvre monde.

Une fantaisie poétique et truculente, plutôt arrosée de vodka, imprégnait ses textes. Ses héros prenaient volontiers la tangente. A Jean-Baptiste Harang, de Libération, venu le voir en 2003 pour la sortie de Petits suicides entre amis, Paasilinna a expliqué : «J’ai connu quatre Etats dans ma prime jeunesse. La fuite est devenue une constante dans mes récits, mais il y a quelque chose de positif dans la fuite, si avant il y a eu combat.» Né en 1942 en Laponie (dans un camion, racontait-il), il avait connu plusieurs exodes successifs, avec les siens, chassés de l’URSS vers la Suède et la Norvège. C’est son père, apprenait-on dans le même article, qui a inventé le patronyme de la famille : Paasilinna veut dire «forteresse de pierre».

Après avoir fait tous les métiers, y compris journaliste, Arto Paasilinna commence à publier des romans en 1972. Quand Michel Bernard, éditeur chez Denoël, a un coup de foudre pour la traduction du Lièvre de Vatanen, le Finlandais a déjà plus de dix titres à son actif, et ce livre-là date de 1975. Les 17 romans qui vont suivre en France sont traduits avec dix, quinze ou vingt ans d’écart avec la publication originale. Quand les lecteurs français, un peu déçus au fil des années, estiment que le bon génie finnois et finaud finit par manquer d’inspiration, ils se trompent en incriminant une baisse de régime, ou un quelconque surmenage : c’est qu’il a fallu au contraire remonter très en amont pour aller repêcher des romans déjà anciens. Chacun aura son préféré. Le Lièvre de Vatanen, histoire d’un journaliste dont la rencontre accidentelle avec un petit lièvre change l’existence – il prend la route avec lui, laisse en plan femme et soucis – est bien sûr le titre plébiscité. D’autres citeront la Cavale du géomètre. Sur le site de Denoël, le livre est ainsi présenté : «Un géomètre amnésique, un chauffeur de taxi pas du tout pressé de rentrer chez lui, un architecte albanais, un interprète bosniaque, douze naturistes françaises, plus quelques paysans pas mal imbibés… Agitez, secouez et vous avez un grand Paasilinna.» Personnellement, j’ai un faible pour la Douce empoisonneuse, où une veuve, ruinée par son garnement de neveu, prend goût au crime parfait.

Mais d’autres apprécient l’intrusion du divin, fréquente et totalement dénuée de spiritualité chez Paasilinna. Dans le Fils du dieu de l’orage, la fulgurothérapie fait des ravages : «Les fous deviennent de plus en plus fous.» Dans les Mille et une gaffes de l’ange gardien Ariel Auvinen, un ange sabote le boulot, et passe son temps à empoisonner l’existence du quadragénaire qu’on lui a confié.

OÙ LES ROSES NE MEURENT JAMAIS

Quatrième de couverture : 

Septembre 1977. Mette, une fillette âgée de trois ans, disparaît alors qu’elle jouait dans le bac à sable devant sa maison. La petite communauté où vit sa famille est bouleversée.

Malgré les efforts de la police et les soupçons qui s’accumulent, elle reste introuvable. Vingt-cinq ans plus tard, alors que la date de prescription approche, la mère de Mette demande au privé Varg Veum de tenter une dernière fois d’élucider ce mystère.

Son enquête le plonge dans un écheveau de mensonges et de complots. Puis une nouvelle tragédie se produit…

 » Gunnar Staalesen nous offre une démonstration de ce que le polar nordique peut avoir de meilleur. La prose est frappante, puissante, et pourtant toute en sobriété. Et la police locale, servant de repoussoir tant elle est incompétente, rend le personnage plus spectaculaire encore ». Actualitté

L'auteur : Gunnar Staalesen

Nationalité : Norvège, né à : Bergen , le 19/10/1947

Gunnar Staalesen est un écrivain et dramaturge norvégien, auteur de nombreux romans policiers. Il étudie l’anglais et le français et fait des études supérieures en littérature à l’Université de Bergen, où il reçoit le grade universitaire de candidatus philologiæ.

Il travaille ensuite au Den Nationale Scene, le plus important théâtre de Bergen, où il fera jouer, à partir des années 1980, plusieurs de ses pièces de théâtre. Il commence à publier des romans en 1969. Outre deux recueils de nouvelles, seize d’entre eux, et les plus célèbres, sont des romans policiers qui mettent en scène Varg Veum (personnage crée en 1975), un ancien salarié de la Protection de l’Enfance devenu détective privé.

Douze des seize romans ont été adaptés au cinéma notamment « Anges déchus » (Fallen Angels – Varg Veum : Falne engler) en 2008. Le personnage de Varg Veum y est incarné par l’acteur Trond Espen Seim (1971). Gunnar Staalesen est également l’auteur d’une trilogie historique intitulée le « Roman de Bergen ».

Mon avis :

Un écrivain norvégien plutôt prolifique que je découvre au travers d’une enquête de son détective fétiche Varg Veum.

Varg Veum est détective privé, dans la cinquantaine, dépressif suite à la disparition de sa compagne, il noie son désespoir dans l’aquavit. C’est à croire que tous les détectives et inspecteurs sont alcooliques et ont des problèmes conjugaux !

L’enquête que nous propose Gunnar Staalesen est sérieuse, sobre, droite, bien ficelée, peut être un peu trop droite et sérieuse mais l’histoire est assez intrigante. Un roman policier très classique et sans grande surprise si ce n’est le dénouement de l’enquête. Pour moi ce fut une belle découverte et un agréable moment de lecture.

En marge du roman : Gunnar Staalesen le maître norvégien du polar qui rend la paisible Bergen inquiétante

Cela fait près de quarante cinq ans que Gunnar Staalesen a choisi sa ville natale Bergen comme cadre des enquêtes policières de son détective Varg Veum. Pour les visiteurs, Bergen est une paisible ville portuaire de Norvège dont les habitants ferment à peine à clé leurs maisons colorées.

Il faut toute l’imagination fertile de Gunnar Staalesen pour en faire le lieu de crimes que son détective vedette Varg Veum cherche à élucider depuis bientôt 45 ans. C’est en effet en 1975 que Gunnar Staalesen, qui n’a alors que 22 ans, se lance dans l’écriture de romans policiers. Son héros a un faible pour l’alcool et se trouve très souvent en conflit avec les femmes qui l’entourent.

Panoramic view from Mount Floyen of Bergen, Norway.

Gunnar Staalesen qui avec Le Roman de Bergen a réalisé une fresque sur sa ville natale couvrant tout le XXe siècle, a le sens du détail. Il reconnaît que l’on peut faire connaissance avec la ville et son ambiance par ses livres. Cette précision est pour lui le moyen de rendre ses histoires vraisemblables. Varg Veum est devenu une telle « star » que sa statue en bronze accueille le visiteur de l’immeuble dans lequel Gunnar Staalesen a situé son bureau et qui est devenu un hôtel.