LES DÉRACINÉS

 Quatrième de couverture :


Déracinés 00Autriche, 1931. Lors d’une soirée où se réunissent artistes et intellectuels viennois, Wilhelm, jeune journaliste de 25 ans, a le coup de foudre pour Almah.

Mais très vite la montée de l’antisémitisme vient assombrir leur histoire d’amour. Malgré un quotidien de plus en plus menaçant, le jeune couple attend 1939 pour se résoudre à l’exil.

Un nouvel espoir avant la désillusion : ils seront arrêtés en Suisse. Consignés dans un camp de réfugiés, ils n’ont qu’un seul choix : faire partie des 100 000 Juifs attendus en République dominicaine après l’accord passé par le dictateur local Trujillo avec les autorités américaines.

Loin des richesses de l’Autriche, la jungle sauvage et brûlante devient le décor de leur nouvelle vie. L’opportunité de se réinventer ?

L'auteure : Catherine BARDON 

Déracinés 01nationalité : française
Amoureuse de la République dominicaine, elle a écrit des guides de voyage et un livre de photographies sur ce pays, où elle a passé de nombreuses années. Elle vit à Paris et signe avec « Les Déracinés » (2018-Editions Les Escales) son premier roman.Son deuxième ouvrage « L’Américaine », a paru en 2019 chez le même éditeur.

Mon avis :


Le contexte historique de ce roman est intéressant, il y a d’abord l’Anschluss autrement dit l’annexion de l’Autriche à l’Allemagne, ensuite la nuit de cristal et le début des persécutions des juifs. La conférence d’Evian en 1938 à l’initiative du président américain Roosevelt, dont le but était d’organiser l’accueil des réfugiés juifs fuyant l’Allemagne et l’Autriche. Seuls 32 pays participèrent à cette conférence dont 9 européens et un unique pays se proposait d’accueillir des émigrants, aussi bizarre que ça puisse paraître : La république Dominicaine.
Voilà des bases solides pour écrire un bon roman historique.

Déracinés 02
Malheureusement l’auteure emballe tout cela dans une histoire romantico-sentimentale, qui passe de l’eau de rose au mélodrame. Trop c’est trop, l’auteure en rajoute, les amoureux sont beaux, riches et intelligents, les enfants sont parfaits, le bonheur est à nul autre pareil et les malheurs sont dans la démesure.
Ce gros pavé de plus de 700 pages se lit facilement, le style est d’une grande simplicité, les chapitres très courts donnent du rythme à cette saga qui va de 1921 à 1961, qui démarre à Vienne et se termine en république dominicaine en passant par la Suisse, le Portugal, les Etats Unis et Israël.
Tout n’est pas à jeter, l’auteure bien documentée nous fait découvrir la vie à Vienne dans les années d’avant guerre, la montée du nazisme, les camps de concentration, les difficultés des émigrants, l’arrivée en république Dominicaine où tout est à faire. L’organisation sur place d’un espèce de Kibboutz socialo-communiste dont elle vante les mérites. Puis c’est la naissance d’Israël, le procès Eichmann, etc…
Un roman riche en thèmes, l’anti sémitisme, le racisme, l’immigration et en sentiments, la solidarité, l’amour, la volonté…
Un roman qui m’a laissé une impression mitigée mais qui devrait plaire aux coeurs tendres qui aiment les belles histoires d’amour tristes et un final à la hauteur des exagérations romantico-sentimentales de l’auteure.
Un roman dédié à Kurt Luis Hess, décédé en 2010 à l’âge de cent un ans, migrant de la première heure en République Dominicaine en 1938 dont vous pouvez voir l’interview dans le documentaire « Shalom Amigos » ci-dessous.

 

 

En marge du livre : République Dominicaine, terre d'asile des Juifs victimes du nazisme

Le web-documentaire « Shalom Amigos » retrace l’histoire des réfugiés juifs accueillis entre 1938 et 1942 en République Dominicaine. L’occasion de découvrir cet évènement quasi oublié de l’histoire.
https://vimeo.com/240458049

Déracinés 03
Niemand will sie ! », littéralement « Personne n’en veut ! », titrait ironiquement en parlant des Juifs, le Völkischer Beobachter, hebdomadaire allemand au service de la propagande hitlérienne. Il se gargarisait alors de l’échec cuisant de la Conférence d’Evian, décidée en 1938, en vue de statuer sur le sort des émigrés juifs.
Réunis à l’instigation du président Roosevelt, les 32 pays convoqués – parmi lesquels figuraient les présumés porte-paroles des valeurs démocratiques (France, Royaume-Uni et Etats-Unis) – se réfugièrent tous derrière un discours politiquement correct qui se traduisit dans les faits par des mesures protectionnistes et nationalistes.


Curieusement, seule la République Dominicaine répondit favorablement à l’appel lancé et promit d’accueillir au moins 100 000 juifs. Curieusement en effet, car le dictateur Trujillo à la tête du pays depuis huit ans est davantage connu pour ses exactions que pour ses élans philanthropiques. Cette décision était avant tout motivée par des intérêts géopolitiques et économiques : restaurer son image sur la scène internationale, largement ternie par le massacre de milliers de Haïtiens en 1937, et participer à l’essor du pays par l’apport d’un capital humain qualifié. Les accords politiques passés entre les responsables dominicains et américains conduisirent à l’élaboration du plan DORSA (Dominican Republic Settlement Association), qui eut en charge l’installation des réfugiés dans la ville de Sosúa au nord de l’île.

LE GANG DE LA CLEF À MOLETTE

 Quatrième de couverture : 

Molette 00Révoltés de voir le somptueux désert de l’Ouest défiguré par les grandes firmes industrielles, quatre insoumis décident d’entrer en lutte contre la « Machine ».

Un vétéran du Vietnam accroc à la bière et aux armes à feu, un chirurgien incendiaire entre deux âges, sa superbe maîtresse et un mormon, nostalgique et polygame commencent à détruire ponts, routes et voies ferrées qui balafrent le désert. Armés de simples clefs à molettes -et de dynamite- nos héros écologistes vont devoir affronter les représentants de l’ordre et de la morale lancés à leur poursuite. Commence alors une longue traque dans le désert.

 

 

L'auteur : Edward ABBEY 

 

Molette 01Nationalité : États-Unis né à : Indiana, Pennsylvanie , le 29/01/1927? décédé à : Tucson, Arizona , le 14/03/1989
Edward Paul Abbey était un écrivain et essayiste américain, doublé d’un activiste écologiste radical.
Il grandit dans la ville de Home. Pendant cette enfance dans les Appalaches, Abbey regarde de nombreux films, des westerns en particulier, qui façonnent son imaginaire de l’Ouest américain : « J’ai toujours été très attiré par les paysages de l’Ouest, principalement du fait des films ».
Entre sa troisième et quatrième année au lycée d’Indiana, Abbey entreprend une expédition vers l’ouest pendant l’été 1944, en recourant à l’auto-stop et au train. C’est alors qu’il tombe amoureux du désert de la région des Four Corners: « Je suis devenu un homme de l’Ouest à l’âge de 17 ans, pendant l’été 1944, en faisant de l’auto-stop à travers les États-Unis. J’ai eu le coup de foudre, une passion qui ne m’a jamais quittée ».


De 1945 à 1947, il effectue son service militaire à Naples, en Italie. Il étudie ensuite à l’Université de Pennsylvanie à Indiana, puis à l’Université du Nouveau-Mexique, à celle d’Édimburg puis à Yale. A l’âge de 21 ans, il traverse les États-Unis d’est en ouest en auto-stop et découvre l’Ouest.


À la fin des années 1950, Edward Abbey travaille deux saisons comme ranger dans le parc national des Arches, en plein cœur du désert de l’Utah. Lorsqu’il y retourne, une dizaine d’années plus tard, il constate avec effroi que le progrès est aussi passé par là. Cette aventure forme la base d’un récit envoûtant, « Désert solitaire » (Desert Solitaire : A Season in the Wilderness, 1968).
Après le classique « Désert solitaire », le succès du « Gang de la Clef à Molette » (The Monkey Wrench Gang, 1975) a fait de lui une icône de la contre-culture aux États-Unis.
« Le Gang de la clef à molette » inspira la création de l’organisation environnementale Earth First !

 

Mon avis :

 

Un roman qui a été un grand succès surtout aux USA (plus d’1 million d’exemplaires vendus), un roman étiqueté « culte », encensé par la critique (un chef d’œuvre où la rage se marie au rire), je m’attendais donc à éprouver beaucoup de plaisir à la lecture de cette œuvre.
La déception a été à la mesure de l’attente, après avoir lu une centaine de pages je l’ai laissé de côté pour le reprendre plus tard.
Et à la deuxième lecture le sentiment est resté le même.


Je pense qu’en premier lieu c’est le style de l’auteur qui m’a déplu, il use et abuse de qualificatifs, de superlatifs, de métaphores et de descriptions, trop c’est trop et ça en devient lassant. A tout bout de champ il nous gratifie de plusieurs exemples (3 c’est le minimum) de chaque description que ce soit de la nature ou des caractères des personnages. Bref beaucoup de longueurs assez lassantes, de description de la région (que de noms propres), d’énumération du matériel technique, un parfait lexique du dynamiteur.
Exemple : « Le soir fit place à la nuit, dense solution violette faite de lueurs d’étoiles et d’opacité mate énergiquement touillées qui tombe en surlignant chaque roc et chaque arbre et chaque buisson et chaque escarpement d’une aura de radiance muette. Smith mena les conspirateurs par les contours du terrain jusqu’à ce qu’ils arrivent au bord de quelque chose, une marge, une frange, une limite au-delà de quoi plus rien n’était tangible. Ce n’était toutefois pas la falaise du monoclinal. C’était le bord du gouffre que l’homme avait ouvert à travers le monoclinal. »


La première partie du livre consiste à décrire les actions de ces 4 pieds nickelés qui généralement se chamaillent et qui luttent contre le saccage de la nature, avec à chaque fois le même scénario : découverte des lieux du sabotage, détermination de la méthode et mise en œuvre, que ce soit pour saboter un convoi de train, un pont ou des engins de chantier.
Le dernier tiers du roman  rattrap un peu la sauce avec la traque des 4 eco-terroristes à travers canyons et déserts.
Je suis arrivé au bout de ce roman mais j’ai dû me forcer plus d’une fois pour ne pas l’abandonner définitivement.

 

En marge du livre : Le Colorado, visions d'un fleuve en péril


Exposées à la Maison de l’Eau, à Paris, les photographies de Franck Vogel témoignent des ravages de la surexploitation du fleuve américain. Celui-ci n’atteint même plus la mer où il est censé se jeter. (Arnaud Devillard le 18.06.2016)
Il s’étire comme un grand roman américain sur sept États depuis les Montagnes Rocheuses où il prend sa source, au travers des paysages lunaires et fantastiques des déserts du Sud-Ouest, avant d’entrer au Mexique. Et puis… plus rien. A la frontière, le Colorado passe le barrage de Morelos, le dernier sur son cours de 2330 km, et ses eaux se muent en un ruisseau de trois mètres de large, même plus capables d’atteindre la Mer de Cortès où elles sont censées se jeter. Depuis plusieurs décennies, le delta du Colorado n’est plus qu’un réseau de rigoles pathétiques faisant du fleuve le seul au monde à ne plus avoir d’embouchure. C’est de cette situation dont rendent compte les photographies de Franck Vogel exposées jusqu’au 30 décembre à la Maison de l’Eau à Paris. Justement sous-titrée  » Le fleuve qui n’atteint plus la mer « , l’exposition entre dans le cadre d’un projet plus vaste de photojournalisme consacré aux fleuves frontaliers et à leurs enjeux. Franck Vogel s’est déjà intéressé au Nil, au Brahmapoutre, entre Inde et Chine, au Colorado et au Jourdain. Viendront le Mékong, l’Amazone et le Gange.

Molette 04
L’idée maîtresse, ici ? Le photographe le dit clairement : pointer du doigt (ou plutôt de l’objectif) « l’exemple même d’une mauvaise gestion de la ressource » dans un contexte de sécheresse persistance, de fonte accélérée des glaciers et des neiges et de bouleversements climatiques. Le Colorado est surexploité pour alimenter villes et aires agricoles, son niveau malmené par plusieurs barrages, dont deux géants, le Glen Canyon Dam dans l’Arizona et le Hoover Dam. Le premier est devenu une star malgré lui quand le romancier Edward Abbey en a fait la cible des éco-terroristes de son best-seller Le gang de la clef à molette. Le second est une énormité art-déco dans le Nevada, construit dans les années 1930 lors du New Deal. Il fournit 40% de son énergie à la Californie et Las Vegas puise 90% de ses besoins en eau dans son réservoir, le lac Mead.

Molette 05
Or, le lac Mead n’est plus qu’à 38% de sa capacité et Las Vegas en est à vouloir racheter leurs droits sur l’eau aux agriculteurs. Le barrage du Glen Canyon, qui a créé le célèbre et très photogénique lac Powell, fait fluctuer le niveau du fleuve de 30 cm en aval des vannes, érodant les sols, noyant des plages au détriment de l’industrie touristique qui s’est pourtant développée sur place grâce au barrage… Sans parler des réserves indiennes privées d’accès au fleuve et contraintes de s’en remettre à des puits qui s’assèchent.
Mais le grand coupable que désigne Franck Vogel se nomme Imperial Valley : une riche région agricole du sud de la Californie sur 191000 hectares en plein désert, alimentée en eau par les 132 km de l’All-American Canal qui détourne le Colorado depuis la frontière mexicaine.


Côté américain, cette vallée a anéanti l’écosystème de la Salton Sea et ses activités de tourisme balnéaire. Côté mexicain, elle a réduit les 780.000 km2 du delta originel du Colorado en une pataugeoire de gadoue de 60.000 km2. Sans que grand-chose semble être fait pour corriger un minimum le tir, semble suggérer l’exposition. En tout cas, fin mars 2014, dans le cadre d’un accord Etats-Unis-Mexique, les vannes du Morelos Dam ont été ouvertes pendant huit semaines pour libérer le fleuve et l’expérience sera renouvelée au moins jusqu’en 2017. Le Colorado a ainsi pu retrouver son cours normal jusqu’à la mer, pour la première fois depuis 16 ans.

GUERRE & GUERRE

 Quatrième de couverture : 

Guerre 00Petit historien employé dans un poussiéreux centre d’archives de province, Korim, tenaillé par une mélancolie confinant à la folie, découvre un jour un manuscrit oublié là depuis des décennies. D’une force poétique bouleversante, celui-ci relate l’éternelle errance de quatre figures angéliques poursuivies sur Terre et à travers l’Histoire par l’extension inexorable du règne de la violence. Pénétré par la vulnérabilité de ces personnages, Korim se donne pour but de délivrer à l’humanité le message porté par le mystérieux texte. C’est à New York, au « centre du monde », qu’il décide d’accomplir cette tâche, avant d’entrevoir, au terme de sa course folle, la possibilité d’un refuge pour ses compagnons… Un style virtuose et envoûtant, d’une extrême acuité, embrase ce roman puissant empreint d’un inconsolable chagrin métaphysique.

 

 

 

 

 

L'auteur : László KRASZNAHORKAI


J’avais déjà eu l’occasion de présenter cet auteur lors de ma publication d’une autre de ses œuvres : « La Mélancolie de la Résistance ».

 

La traductrice : Joëlle DUFEUILLY


Depuis une vingtaine d’années Joëlle Dufeuilly traduit les romans de László Krasznahorkai et ce n’est certainement pas une mince affaire. Voici ce qu’elle disait lors d’une interview.


Comment avez-vous été amenée à traduire László Krasznahorkai ?
C’est une histoire amusante. Pour ma première traduction, mon professeur de hongrois m’avait donné deux textes issus d’une anthologie de littérature contemporaine hongroise. Je les avais trouvés sans intérêt, sans aucune difficulté. J’étais déçue et je le lui avais dit. Quelques temps plus tard, il m’a donné un discours de László Krasznahorkai en me disant : « Tu veux un texte difficile, voilà ! » Je l’ai beaucoup aimé, mais il me paraissait impossible à traduire. J’ai commencé à paniquer. Je ne pouvais pas dire à mon professeur que je n’allais pas y arriver. J’ai alors contacté Krasznahorkai qui a accepté de me rencontrer. Nous avons lu le texte ensemble, décortiqué ses phrases tortueuses. J’ai compris que chez lui, rien n’est jamais gratuit. Une fois que j’ai eu toutes les clés, j’ai eu énormément de plaisir à traduire ce texte et j’ai eu envie d’en traduire d’autres. Je me suis attelée à son roman Le Tango de Satan, que j’ai présenté à plusieurs éditeurs. Ce n’était pas évident : une traductrice débutante qui présente un écrivain hongrois au nom imprononçable… Mais Gallimard a accepté de le publier.


Comment s’organise votre travail de traductrice ?
Je commence par lire le texte hongrois, que je traduis directement, puis je ferme le livre et je travaille uniquement sur mon texte. Ensuite, je reprends le texte hongrois que je confronte à ma traduction. Je peux passer des jours entiers à peaufiner la ponctuation, l’ordre des mots… comme l’artisan du chapitre « Il se lève à l’aube » dans Seiobo est descendue sur terre, qui fabrique des masques nô. De l’extérieur, on pourrait croire qu’il n’a rien fait de la journée, alors qu’il a ciselé son objet avec une infinie précision. Je passe en moyenne deux ans sur un livre de László Krasznahorkai, mais Seiobo est descendue sur terre m’a demandé plus de temps encore. Je n’avais pas mesuré sa complexité à la première lecture. Chaque texte est indépendant, avec son propre univers. J’ai dû faire beaucoup de recherches concernant la transcription des noms propres ou les termes techniques pour lesquels la langue hongroise reste floue tandis que le français est très précis.


Les phrases de Krasznahorkai sont immédiatement reconnaissables…
C’est sa marque, elles sont presque organiques. En hongrois, l’ordre des mots est libre : entre le sujet et le verbe, il peut se passer beaucoup de choses. Krasznahorkai aime les digressions, les incises, mêler les discours direct et indirect. Repousser le point révèle son rapport au monde, son refus de la finitude. Avec le temps, ses phrases sont de plus en plus longues, mais elles me sont devenues familières. Dans Seiobo est descendue sur terre par exemple, le chapitre « Passion personnelle » n’est constitué que d’une seule phrase. Par ailleurs, la langue hongroise est incroyablement musicale, et les textes de Krasznahorkai sont comme d’infinies variations sur un thème. C’est cette musique que j’interprète, avec le droit exceptionnel – inhérent à la traduction – de mettre un peu de moi.
Propos recueillis par Martine Grelle et Floriane Laurichesse, Bpi
Article paru initialement dans le numéro 26 du magazine de ligne en ligne Auteur : Floriane Laurichesse

 

Mon avis :

 

En général les auteurs hongrois sont peu connus du grand public sauf peut-être les grands que sont : Imre Kertész (prix Nobel de littérature), Sandor Maraï (Prix Kossuth, la plus haute distinction hongroise, à titre posthume) ou encore Magda Szabó (entre autres Prix Fémina étranger). Des auteurs au style classique dont les romans sont souvent autobiographiques.
László Krasznahorkai n’est pas du tout du même moule, son style est pour le moins surprenant et ses romans empreints de mysticisme et de surréalisme.

Guerre & Guerre n’échappe pas à son style bien particulier fait de très longues phrases qui peuvent faire plusieurs pages, dans ce roman chaque phrase est numérotée comme pour en faire des chapitres.
Guerre & Guerre est un roman à la fois déroutant et dérangeant mais aussi envoûtant. Au fond, il ne faut pas essayer de tout comprendre, il faut se laisser aller dans cette histoire touffue dans laquelle on retrouve les thèmes favoris de l’auteur la peur, le chaos, la destruction de la société, la guerre, la violence, l’éternité, l’apocalypse.
C’est d’autant plus déroutant que le narrateur, Korim, est soit à moitié ou complètement fou ou simplet, il peut parler sans arrêt pendant des heures même aux personnes qui ne le comprennent pas.
Korim, petit archiviste, découvre un manuscrit sur une étagère, manuscrit qui ne porte pas de nom, ni de date, il l’emporte pour le lire. A la lecture de ce manuscrit il se croit investi d’une mission très importante qui consiste à rendre à l’éternité son contenu. Et pour ce faire, il doit le faire au centre du monde qui pour lui est New-York.

Guerre 02
Korim qui prétend qu’il va physiquement perdre sa tête qui va se détacher de son cou, abandonne tout, et il part sans bagage, dans son vieux manteau gris et quelques dollars vers une ville qui l’effraie et dont il ne parle pas la langue.
Après quelques péripéties, Korim a trouvé refuge chez un interprète hongrois pas très sympa dont la compagne martyrisée est portoricaine. Korim va passer des heures et des heures à parler sans relâche à cette femme constamment devant sa gazinière et qui lui tourne le dos, et qui ne comprend rien. C’est ainsi qu’il relate le contenu du manuscrit dont il avoue que les derniers chapitres sont pour lui incompréhensibles.


Il est question d’éternité, de chaos, de guerre, d’amour et ce manuscrit nous emmène avec 4 personnages mystérieux qui philosophent constamment, qui méditent sur la beauté du monde et qui recherchent la paix. Ceux ci nous promènent à différentes époques et à différents endroits du monde, Gibraltar, le mur d’Hadrien, le palais de Cnossos, etc., vient s’y ajouter un personnage récurrent apparenté semble t-il à Satan, au mal.

Guerre 03
Le mur d’Hadrien


« Il ne voulait pas faire de sentimentalisme, mais les choses s’étaient bien passées ainsi, quelqu’un, un certain Wlassich ou quel que soit son nom, avait décidé d’inventer quatre hommes merveilleux, purs, probes, quatre anges, quatre êtres aériens, remarquables, infiniment délicats, dotés de magnifiques pensées et, en parcourant le cours tracé de notre Histoire, y avait recherché un point à partir duquel les faire sortir de l’Histoire …….il avait envoyé les quatre hommes dans le monde réel, dans l’Histoire, c’est à dire dans l’état de guerre permanent, et tenté de les installer en divers endroits prometteurs de paix, une promesse jamais tenue …… »

Guerre 11
La chute des anges rebelles de Pierre Breughel


Korim retranscrit donc ce manuscrit via un PC sur internet qui pour lui est l’éternité.
Au fur et à mesure qu’il avance, le récit lui échappe, il ne comprend plus très bien, c’est ainsi qu’il avoue : « Ces deux chapitres avec l’émergence progressive du personnage de Kasser et l’usage démesuré et abusif du procédé de répétition, et d’approfondissement, ces quatrième et cinquième parties, donc, auraient dû, dès la première lecture, l’éclairer sur les réelles intentions de l’auteur, et donc, sur le véritable sens du manuscrit, mais lui, stupide qu’il était, avec son cerveau dérangé, il n’avait, au cours des derniers jours, rien, mais alors rien saisi du tout, l’origine mystérieuse, inexplicable du texte, la force poétique qui s’en dégageait, le fait qu’il tournait résolument le dos aux formes de narration conventionnelles, l’avaient rendu sourd et aveugle, réduit à néant, comme s’il avait reçu un boulet de canon, alors que, dit-il en secouant la tête, l’explication se trouvait là, devant lui, depuis le début, il aurait dû la voir, de fait, il la voyait, et de surcroît, il l’admirait, seulement il ne comprenait pas ce qu’il voyait et ce qu’il admirait, à savoir que le manuscrit n’avait qu’un seul propos : écrire la réalité en boucle jusqu’à la folie …… »

Vous l’aurez compris la narration et la compréhension du manuscrit ne sont pas évidentes.

Tout ceci pour vous présenter un tant soit peu l’esprit de ce roman, je vais en rester là, il y aurait encore bien des choses à dire sur cet ouvrage à nul autre pareil, un roman difficile mais je me répète envoûtant dont le thème principal est certainement de dénoncer la violence du monde, violence qui nous détruit et qui nous empêche de trouver la paix.

En fin d’ouvrage, c’est l’auteur qui s’adresse directement à nous : « Cher lecteur solitaire, fatigué et sensible, en complément de ta lecture de Guerre & guerre, je t’invite à lire « La venue d’Isaïe (Editions Cambourakis, 2013).

Tu sais pourquoi.

 

 

En marge du livre : la tour de Babel


Quand notre héros quitte ses hôtes et qu’il déambule dans New-York, au détour d’une librairie, il tombe sur un livre de photos d’Ely Jacques Kahn, « New York Architect », ce livre l’interpelle, il contient les photos des grattes ciels de New York. Grattes ciels qu’il découvre de visu et qui provoquent un choc, voilà ce qu’il cherchait dans cette ville : « ils avaient un lien de patenté avec la tour de Babel de Brueghel » « il semblait envoûté par le spectacle et vit clairement que tout New York était rempli de tours de Babel, seigneur Dieu, vous imaginez ! »  » il venait de découvrir que quelqu’un avait construit le centre du monde, le point central du monde, la ville la plus importante, la plus sensible, la plus grande du monde, en la remplissant de tours de Babel, les sept niveaux !« 

Guerre 10
La tour de Babel de Pierre Breughel


Symbolique de la tour de Babel
Récit biblique

Au début du récit, les Hommes parlent tous une seule et unique langue depuis la naissance du monde. Sous la direction du roi Nemrod, ils décident de construire une tour qui toucherait le ciel pour montrer leur puissance et égaler Dieu. Leur motivation ne plait pas à Dieu qui trouve les Hommes trop orgueilleux. Il décide de les punir en les dispersant aux quatre coins de la Terre et de multiplier leurs langues afin qu’ils ne se comprennent plus entre eux. Les Hommes abandonnent le chantier de la tour qui s’écroula.
L’épisode de la Tour de Babel est devenu un symbole de la punition que Dieu infligea aux Hommes en raison de leur orgueil.


Au cœur de la ville de Babylone, entre le début du 6e et le début du 5e siècle av. J.-C., se dressa dans toute sa majesté l’un des monuments les plus célèbres de l’Antiquité : la tour à étages, ou ziggourat, dédiée au dieu principal de la ville, Bêl-Marduk, et acco­lée au temple où résidait sa statue de culte, l’Esagil.
La ziggourat elle-même portait un nom distinct en langue sumérienne : Etemenanki, c’est-à-dire le « temple fondement du ciel et de la terre ». Elle illustrait la force symbolique de sa situation, au milieu de la ville qui était elle-même centre de l’univers, comme un pivot reliant la terre et ses tréfonds au ciel, résidence des dieux du panthéon mésopotamien. La date de l’édification initiale de l’Etemenanki reste matière à conjectures. Il faut attendre en fait une date assez tardive, à la fin du 2e millénaire, pour en trouver une mention écrite.


On situe vers le 12e siècle av. J.-C. la mise en forme d’une liste lexicale en écriture cunéiforme, appelée Tintir (l’un des noms sumériens de Babylone), qui enregistre les éléments marquants de la topo­graphie de la ville et cite, dans sa quatrième tablette, la ziggourat en seconde position, juste après l’Esagil. Et ce n’est que dans une inscription du roi assy­rien Sennachérib (704-681) que l’on voit l’Etemenanki cité dans un contexte historique précis, celui de la destruction que le roi ordonne des monuments de Babylone en 689 av. J.-C., pour la punir de s’être rebellée contre lui. https://www.nationalgeographic.fr/histoire/la-tour-de-babel-ce-que-larcheologie-revele-du-mythe

La Femme révélée

Lu et commenté par Marie-Line 
Quatrième de couverture : 

Nohant 00Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie au risque de tout perdre ?

L'auteur : Gaëlle NOHANT 

Nohant 01

Nationalité : France, née à : Paris , 1973
Après des études de Lettres, Gaëlle Nohant fait paraître en 2007 L’Ancre des rêves, un premier roman fantastique qui remporte le prix Encre Marine organisé par la Marine nationale. Son deuxième roman, intitulée La Part des flammes et publiée en 2015, remporte la même année le prix du Livre France Bleu – Page des Libraires et le prix des Lecteurs du Livre de poche 2016. Entre les deux paraît en 2010 L’Homme dérouté, un recueil de nouvelles.
Son troisième roman, Légende d’un dormeur éveillé (2017), édité par Héloïse d’Ormesson, est une évocation de la vie de l’écrivain Robert Desnos dans le Montparnasse artistique des Années folles jusqu’à l’Occupation de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est récompensé du Prix des libraires.
Fin juin de la même année, elle signe dans ActuaLitté une tribune intitulée “Je vis de ma plume. Survis serait plus juste” alertant sur la précarité du métier de romancière et invitant le lectorat à relayer les hashtags des mouvements #PayeTonAuteur et #AuteursEnColère lancés par la Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse. Quelques mois plus tard, elle adresse une lettre ouverte au corps professionnel des éditrices et éditeurs dans laquelle elle brosse un portrait chiffré inquiétant de la vie des auteurs et autrices, dont 8 000 d’entre eux vivraient en France sous le seuil de pauvreté.

 

Ma critique:


Après le merveilleux « Légende d’un dormeur éveillé », c’est avec délice que je retrouve la plume de Gaëlle Nohant et ce don particulier qui lui permet d’emmener son lecteur à travers le temps et de lui faire vivre, comme s’il y était, les évènements marquants d’une époque.
Cette époque, c’est d’abord 1950, quand, pour échapper à une mort certaine, Eliza Donneley fuit Chicago et tente de recommencer une nouvelle vie à Paris, sous le nom de Violet Lee. Elle a emporté avec elle, un Rolleiflex et c’est à travers son objectif que nous découvrons alors un Paris oscillant entre les intellectuels de Saint-Germain-des-Prés et les prostituées des quartiers mal famés.

Nous suivons Violet au gré de ses pérégrinations dans les rues et ruelles de Paris, le long de la Seine ou dans les boites de jazz; rencontrant avec elle des types humains dont l’authenticité et la profondeur son captées par son Rolleiflex. C’est au contact de ces gens que Violet, malgré ses secrets et sa peur, se reconstruit petit à petit. Se dévoilent alors subrepticement au lecteur, les raisons de sa fuite.

Nous découvrons, dès lors, Chicago avec son Loop et ses quartiers chics, mais aussi avec ses ghettos où les noirs sont entassés dans des maisons insalubres et sur le dos desquels s’enrichissent quelques blancs véreux et sans scrupules…
Si l’histoire d’Eliza/Violet est teintée de suspense, de profondeur psychologique et d’amour, elle est surtout le prétexte à une critique acerbe d’une société gouvernée par l’argent où la ségrégation sous toutes ses formes est encore bien présente, et où la violence prend le pas sur les droits humains.
De son écriture délicate, Gaëlle Nohant nous livre un roman d’une force terrible, subtilement contrasté et d’une grande finesse.

 

En marge du roman : Saint-Germain-des-Prés dans les années 1950


A l’instar des quartiers comme Montmartre ou Montparnasse qui faisaient fureur durant les années folles et pendant la guerre, Saint-Germain-des-Prés était lui aussi un quartier très prisé des intellectuels et autres fervents de la vie mondaine. Toutefois, il faudra attendre l’après-guerre pour voir le quartier de Saint-Germain devenir un lieu de fête, et ce durant dix bonnes années.


Saint-Germain-des-Prés ou la naissance d’un lieu culte
Saint-Germain-des-Prés doit son succès à une configuration bien particulière dans les années 1950 : celle des minuscules chambres de bonne et chambres d’hôtels dans lesquelles les jeunes gens ne pouvaient décemment recevoir leurs convives. Il fallut donc trouver un endroit digne de ce nom pour se réunir, de préférence bien chauffé.
Une fois le mot passé entre eux, les grandes figures intellectuelles et artistiques se réunissent dans les cafés du quartier : Juliette Gréco, Simone de Beauvoir, Raymond Queneau et j’en passe. C’est le début de la frénésie à Saint-Germain.


Saint-Germain-des-Prés, muse des artistes en tout genre
La libération de Paris s’accompagne de l’essor du théâtre d’avant-garde à Saint-Germain-des-Prés. Au Théâtre de Babylone, on joue des pièces de Samuel Becket, Jean Coctot, Ionesco et autres écrivains et metteurs en scène de l’époque. Le monde de la scène et de l’écriture se ruent en masse vers ce quartier en pleine croissance.
Le jazz joue également un rôle phare dans le développement de Saint-Germain-des-Prés dans les années 1950. Le jazz de Sydney Bechet et Miles Davis font vibrer la jeunesse endiablée dans les boîtes de nuits et cafés parisiens, une population assoiffée de loisirs, à la sortie d’une période sombre.
De manière générale, la scène musicale trouve chaussure à son pied à Saint-Germain. Léo Ferré se produit à la Fontaine des Quatre Saisons, ainsi que d’autres célébrités de l’époque comme Georges Brassens, Charles Trenet, Gainsbourg ou Aznavour.

Nohant 12
Jean-Paul Sartre, égérie de Saint-Germain-Prés dans les années 1950
Jean-Paul Sartre n’était autre que la muse de Saint-Germain des Prés. Ses fans se ruent sur lui dès qu’ils l’aperçoivent dans le quartier, rue Bonaparte ou encore rue Jacob. On le croise également au Café de Flore, fumant la pipe et cherchant probablement l’inspiration pour son prochain ouvrage. Il mettra d’ailleurs en place une revue dans le quartier intitulée Les Temps Modernes.
Un autre écrivain et musicien célèbre faisait partie des icônes de l’époque, j’ai nommé Boris Vian, fidèle visiteur des bars et brasseries de Saint-Germain tels que le Procope. Il s’éteindra en 1959, semblant emporter avec lui la ferveur intellectuelle de Saint-Germain-des-Prés. https://www.mamzelleswing.com/saint-germain-des-pres-dans-les-annees-1950/

LA JOIE DE VIVRE

Quatrième de couverture :

Joie 00Près d’Arromanches, dans la maison du bord de mer où ils se sont retirés après avoir cédé leur commerce de bois, les Chanteau ont recueilli Pauline, leur petite cousine de dix ans qui vient de perdre son père. Sa présence est d’abord un surcroît de bonheur dans le foyer puis, autour de l’enfant qui grandit, les crises de goutte paralysent peu à peu l’oncle Chanteau, la santé mentale de son fils Lazare se dégrade, l’héritage de Pauline fond dans les mains de ses tuteurs, et le village lui-même est rongé par la mer.

En 1884, lorsqu’il fait paraître ce roman largement autobiographique, le douzième des Rougon-Macquart, c’est pour une part ironiquement que Zola l’intitule La Joie de vivre. Car en dépit de la bonté rayonnante de Pauline qui incarne cette joie, c’est l’émiettement des êtres et des choses que le livre raconte.

Après Au Bonheur des Dames, grande fresque du commerce moderne, c’est un roman psychologique que l’écrivain propose à ses lecteurs, un roman de la douleur où les êtres sont taraudés par la peur de la mort face à une mer destructrice.

 

L'auteur : Emile ZOLA 

Joie 01Nationalité : France, Paris , 02/04/1840-29/09/1902.
Émile Zola est un écrivain, journaliste et homme public français, considéré comme le chef de file du mouvement naturaliste.
A Aix-en-Provence, il fréquente le même collège que Paul Cézanne, et noue une longue amitié avec lui.
En 1864, il écrivit les « Contes à Ninon », sa première œuvre littéraire publiée. C’est trois ans plus tard, en 1867, qu’il écrivit « Thérèse Raquin », considéré comme son premier chef-d’oeuvre.
Cependant, il est principalement connu pour « Les Rougon-Macquart », fresque romanesque en vingt volumes (notamment « L’Assommoir », 1878; « Nana », 1880; « Au Bonheur des Dames », 1883; « Germinal », 1885; « L’Œuvre », 1886; « La Terre », 1887; « La Bête humaine », 1890; « L’Argent », 1891) dépeignant la société française sous le Second Empire et qui met en scène la trajectoire de la famille des Rougon-Macquart, à travers ses différentes générations et dont chacun des représentants d’une époque et d’une génération particulière fait l’objet d’un roman.


Indigné par la dégradation du capitaine Dreyfus, le 5 janvier 1895, à l’École militaire, il dénonce à la fin de l’année dans trois articles publiés par Le Figaro les campagnes de presse contre la République et les Juifs. Convaincu que le véritable coupable de l’affaire Dreyfus est le commandant Esterhazy, qui est acquitté à l’unanimité le 11 janvier 1898, Zola publie dans L’Aurore deux jours plus tard l’article « J’accuse ». Condamné à un an d’emprisonnement et à 3000 francs d’amende, il doit quitter la France le 18 juillet 1898.
Après son cycle des « Trois Villes », il entame la création d’un nouveau cycle, « Les Quatre Évangiles », dont le premier volume, « Fécondité » est publié en 1899. « Travail » suit en 1901. « Vérité » paraît à titre posthume. Et « Justice » ne paraîtra jamais, l’ouvrage étant resté à l’état d’ébauche au moment de la mort de l’écrivain.
De retour de Médan, il serait mort asphyxié dans la nuit, par la combustion lente résiduelle d’un feu couvert, produite par la cheminée de leur chambre dans leur appartement. Une foule immense rendit hommage pendant ses obsèques à celui qui avait osé mettre en jeu sa notoriété au nom de la morale et de la justice.
Les cendres de Zola sont transférées au Panthéon de Paris le 4 juin 1908, une fois que Dreyfus fut réhabilité.
Zola est l’un des romanciers français les plus populaires au monde. Ses romans ont connu de très nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision. Sa vie et son œuvre ont fait l’objet de nombreuses études historiques.

Vase avec lauriers roses de Van Gogh ; un exemplaire de La Joie de vivre est posé à côté.

Nature morte avec la Bible, de Van Gogh, où apparaît une édition de La Joie de vivre

 

Mon avis : 

 

Se replonger dans les grands classiques littéraires est un exercice qu’on devrait certainement pratiquer plus régulièrement, d’une part c’est un gage d’une lecture de qualité et d’autre part ça permet de comparer la qualité du style de ces grands auteurs avec nos contemporains, autant dire que ceux-ci ne tiennent vraiment pas la comparaison.
La Joie de vivre, publié en 1884, est le douzième volume de la série « Les Rougon-Macquart ». Un roman, une saga familiale, qui contrairement à ce que le titre laisse entendre est d’un grand pessimisme, un roman de bonté, d’abandon de soi mais surtout de douleur, de désenchantement, de misère et de malheur.

Joie 05Avant sa publication, Zola avait établi une liste de plusieurs titres : « La Vallée de larmes », « La Sombre Mort », « La Misère du monde », « L’Espoir du néant » , titres exprimant sans doute mieux l’esprit du livre, avant de retenir le titre définitif « La joie de vivre ».

Un roman que j’ai vraiment apprécié par son style, l’impression qu’il n’y a rien de trop, ni de trop peu, les portraits des personnages sont rendus de manière exemplaire et l’histoire, même si elle est d’une tristesse incroyable, est attachante. La joie de vivre c’est un peu comme un roman à l’eau de rose mais très bien écrit, comme un jeans de haute couture.
Une expérience de lecture à renouveler sans aucun doute.

 

 

 

En marge du livre : le Naturalisme


Le naturalisme est un mouvement littéraire qui est né dans la seconde moitié du XIXème siècle, qui s’est attaché à décrire la réalité telle qu’elle est et non telle qu’elle devrait être ; on sait que Zola s’est déclaré disciple de Claude Bernard (l’auteur de « l’introduction à la médecine expérimentale), n’hésitant à écrire « le roman expérimental », livre dans lequel il prétend appliquer à la littérature les principes du grand savant.
joie 03Par sa description qui se voulait objective de la réalité sociale, le naturalisme a contribué à la prise de conscience des inégalités sociales, à la naissance des droits de l’homme, à l’émergence du droit d’expression. L’art est devenu accessible à tous, une esthétique nouvelle étant créée, la littérature ou la peinture traitant de sujets quotidiens.
La place de la science dans le mouvement naturaliste est essentielle : la théorie de l’hérédité, la thermodynamique, comme l’a si bien démontré Michel Serres, sont au cœur de l’œuvre d’Emile Zola.

La suite c’est ici : http://www.cndp.fr/crdp-reims/index.php?id=305

 

 

 

Le téléfilm :  "La joie de vivre" 


De Jean-Pierre Améris, 25 mai 2016 / 1h 30min / Drame
Avec Anaïs Demoustier, Swann Arlaud, Marianne Basle, Jean François Balmer

Adaptation du roman de Zola, ce téléfilm est une nouvelle réussite de Jean-Pierre Améris qui a réalisé l’excellente comédie « Les émotifs anonymes ». La description d’une riche bourgeoisie provinciale, cupide et étriquée, est bien observée et la mise en scène très soignée, d’un esthétisme remarquable dans toutes les situations mais jamais maniéré : les images des plages normandes ressemblent à des tableaux d’Eugène Boudin et sont absolument splendides. Mais l’exceptionnel de ce téléfilm provient du jeu impressionnant des deux héros, Anaïs Demoustier, belle et subtile, et Swann Arlaud, versatile, faible et désabusé : ils ont largement mérité leur prix au Festival de La Rochelle. L’héroïne parcourt le film en rayonnant d’une bonté qui restera nimbée de mystère mais qui côtoie aussi un tempérament très humain, parfois jaloux et emporté. Un téléfilm au-dessus du lot. (critique d’un téléspectateur)

UN EMPLOYÉ MODÈLE

Quatrième de couverture : 

Employé 00Christchurch, Nouvelle-Zélande. Célibataire, aux petits soins pour sa mère, Joe Middleton travaille comme homme de ménage au commissariat central de la ville. Ce qui lui permet d’être au fait des enquêtes criminelles en cours.

En particulier celle relative au Boucher de Christchurch, un serial killer accusé d’avoir tué sept femmes dans des conditions atroces. Pourtant, même si les modes opératoires sont semblables, Joe sait qu’une de ces femmes n’a pas été tuée par le Boucher de Christchurch. Il en est même certain, pour la simple raison qu’il est le Boucher de Christchurch.

Contrarié, Joe décide de démasquer le plagiaire. Et, pourquoi pas, de lui faire endosser la responsabilité des autres meurtres… Variation sublime sur le thème du tueur en série, ce roman d’une originalité confondante, au-delà des clichés du genre, révèle un nouvel auteur, dont on n’a pas fini d’entendre parler.

 

 

 

 

 

L'auteur : Paul CLEAVE 

Employé 01Nationalité : Nouvelle-Zélande
Paul Cleave est né à Christchurch, Nouvelle Zélande, en 1974.
Il a travaillé comme prêteur sur gages pendant sept ans avant de se tourner totalement vers l’écriture. Il avait écrit son premier roman à 19 ans, et depuis ses premiers jours à l’école, a toujours voulu être un écrivain.


« Un employé modèle » est son premier roman. Il a connu un succès international retentissant, se classant dès sa parution en tête des meilleures ventes en Allemagne, au Japon, en Nouvelle Zélande et en Australie.
Il publie ensuite « Nécrologie », « Un père idéal », « Un prisonnier modèle », « Ne fais confiance à personne ».

 

 

 

 

Mon avis : 

 

Un thriller tout à fait original et qui ne ressemble à aucun autre, en tout cas à aucun que j’ai lu. Le « héros », Joe, est présenté comme attardé mental ou simplet ou dérangé mental, peu importe le qualificatif, un vrai tordu mais il est machiavéliquement intelligent.
Ce qui fait l’originalité de ce roman, c’est que c’est Joe lui même, le tueur en série, qui narre l’histoire à la première personne du singulier et bien sûr de la façon dont il l’a voit, ce qu’il vit, ce qu’il pense.
Joe est le pire des pervers, sadique, violeur, tueur, cynique il n’a aucun remords et c’est un manipulateur né.
L’auteur nous introduit tout à fait dans l’intimité de Joe, de son quotidien, de sa relation avec sa mère envahissante, de sa collègue Sally, traumatisée et compatissante, de son travail « d’homme de ménage », de la mystérieuse Melissa aussi sadique que lui et de ses seuls amis, deux poissons rouges.

Employé 05Il a un humour extraordinaire et le pire c’est qu’on arrive à rire des atrocités qu’il commet, qu’on a une certaine empathie pour lui et qu’on espère presque qu’il va s’en tirer. 

On vit la vie de Joe, on rit avec lui, on souffre avec lui tout au long d’une histoire passionnante, un vrai suspens jusqu’à la toute dernière page.
Un premier roman, noir et humoristique, vraiment bien réussi et que j’ai eu beaucoup de mal à poser.

 

En marge du livre : Le tueur en série : qui est-il ?

La définition qui entoure le « concept » du tueur en série est complexe. En effet, il n’existe pas un type de tueur en série, mais plusieurs types de tueurs en série, ce que nous détaillerons plus bas.
S’ils sont donc de plusieurs types, ils se retrouvent néanmoins sur certains points que l’on recoupe notamment sur le nombre de victimes, le temps qui peut s’écouler entre les meurtres, le type de victimes, et le comportement adopté par le tueur.
Cependant ces critères peuvent se montrer mouvants. En effet, alors que Holmes et Holmes (1994) notifiaient qu’une période de 30 jours devait s’écouler entre les meurtres pour déclarer qu’il s’agit d’une série, on sait que certains tueurs en série ont eu une période préparatoire, appelée « The cooling off period » (période de réflexion) plus courte entre leurs deux premiers meurtres.
On pourra les appeler alors Spree killer (meurtres sans période d’arrêt ou période de quelques heures/jours entre).

Employé 04
D’autres définitions élargissent le phénomène des tueurs en série, en mettant en avant le nombre de meurtres : un minima de trois ou quatre sur une durée indéterminée et caractérisée par une méthode particulière et avec un motif précis. (Hickey, 1991).
Le tueur en série est donc un homme ou une femme qui n’est pas un tueur dit de masses ni un tueur multiple (ex : quelqu’un qui tue tous les membres de sa famille sera considéré comme tueur multiple, mais pas tueur en série).
Le tueur de masses sera lui, à ranger dans la catégorie Spree Killer (il tue dans un laps de temps très rapproché et en grand nombre). Selon le FBI, la majorité des meurtres en série seraient à connotation sexuelle, si l’on excepte les tueurs d’opportunités (argent, raison économique), les anges de la miséricorde (infirmiers), les tueuses post-partum, etc.
Les crimes trouveraient leur origine dans une enfance traumatique avec sévices ou dans le cadre d’une famille dysfonctionnelle, un père absent, une mère dominatrice, une problématique psychologique, une agression sexuelle subie.
Le tueur en série a aussi affaire à ce que l’on appelle La Triade : torture d’animaux, énurésie, pyromanie.
Ce n’est pas le cas pour tous les tueurs. On notera cependant que beaucoup d’entre eux rempliront au moins une des trois cases de la Triade, voire au minimum deux.
La majorité a eu affaire à la justice durant leur adolescence avec des actes de petites et de moyennes délinquances (vol, cambriolage, agression).
Certains sont des tueurs récidivistes (comme Ed Kemper) qui a tué ses grands-parents et s’est fait enfermé en institution à l’âge de 15 ans, avant de repasser à l’acte une fois libéré et adulte. La suite, c’est ici : http://www.psycho-criminologie.com/2018/04/le-tueur-en-serie-qui-est-il.html

PISTE NOIRE

Quatrième de couverture : 

Piste 00Macho, bougon, mal embouché, odieux, tels sont quelques-uns des termes le plus souvent utilisés pour décrire le sous-préfet Rocco Schiavone. Autant dire que, lorsqu’il doit enquêter dans une petite station de sports d’hiver du val d’Aoste, son humeur ne s’améliore guère. Il n’aime pas le froid, ses Clarks résistent mal à la neige et il a les pieds mouillés !

Pourtant le cadavre d’un homme écrasé sous une dameuse sur une piste de ski va l’obliger à passer quelques jours à la montagne.

 

 

 

 

L'auteur : Antonio MANZINI 

Piste 01Nationalité : Italie, né à Rome , le 7/08/1964
Antonio Manzini est un acteur, scénariste, metteur en scène et écrivain italien, Il a été d’abord acteur au cinéma et à la télévision.
Il est l’auteur des romans « Sangue marcio » (2005) « La giostra dei criceti » (2007), « Pista nera » (2013), « La costola di Adamo » (2014), « Non è stagione » (2015). Il met en scène un policier original, Rocco Schiavone.


Sont ensuite parus, toujours avec le sous-préfet, « 7-7-2007 » (2016) et ensuite « Pulvis et umbra » (2017), qui brigue une des 5 premières places des best-sellers en Italie.
En 2013, il participe à l’écriture du scénario de la comédie « I 2 soliti idioti » d’Enrico Lando. Il signe également plusieurs épisodes de séries télévisées.

 

Mon avis :

Le crack de la Criminelle romaine, le sous préfet Rocco Schiavone qui a dérapé est muté dans le Val d’Aoste, un exil qu’il vit très mal. Macho, bougon, mal embouché, amateur de belles femmes …. Voilà un scénario tant de fois servi, du déjà lu, j’avais quelques appréhensions sur la suite de l’enquête.


Ce sous préfet est antipathique, odieux, méchant et grossier, mais il est néanmoins attachant. Son caractère bien trempé et son mépris de ces montagnards de Champoluc, tout ce qui n’est pas romain est nul, donne au récit des dialogues assez cocasses.
Si ce polar est assez traditionnel, il ne révolutionne pas le genre, loin de là, il est bien construit, le scénario est solide, l’enquête est minutieuse et les détails apporteront la solution. Un dénouement dans un lieu inhabituel et en final une lecture facile et divertissante.
Un roman vite lu et agréable, un bon moment de détente sans se casser la tête.

 

En marge du livre : Le cadre du roman, Champoluc


Ayas est une localité répartie en plusieurs hameaux dont les plus connus sont Antagnod, Champoluc, Frachey, Saint-Jacques et Crest.
Antagnod, siège de l’administration de la commune d’Ayas, offre une vue magnifique sur le massif du Mont-Rose : il s’agit d’un hameau situé à 1 710 mètres d’altitude qui bénéficie d’une situation panoramique splendide.
L’ église paroissiale Saint-Martin au clocher élevé a été refaite en 1839 : la précédente construction datait de la fin du XVème siècle. Son autel majeur, consacré en 1716, en bois sculpté, peint et doré, a été enrichi de plusieurs statues. Il s’agit incontestablement de l’autel baroque le plus imposant de la Vallée. On y distingue trois bandes : la plus ancienne et précieuse est certainement la bande intermédiaire remontant au XVIIème siècle où cinq statues ont été ajoutées au XV-XVIème siècle. L’orgue de cette église est l’un des plus intéressant et précieux que l’on trouve au Val d’Aoste.
Dans le centre historique d’Antagnod, on peut admirer des constructions typiques telles que la Maison Fournier : il s’agit d’un bâtiment qui se caractérise par un long balcon en bois et par une tour scalaire cylindrique et qui abrite une exposition permanente consacrée à l’artisanat valdôtain traditionnel.Le village est un centre de villégiature et de sports d’hiver : ses remontées mécaniques qui desservent 11 kilomètres de pistes superbes ont fait l’objet d’importants travaux de modernisation.

Piste 03
Dans un paysage pittoresque grâce au cadre naturel environnant, Champoluc se trouve dans une vaste combe ensoleillée, avec en toile de fond les glaciers qui ferment le bas de la vallée. Lieu de villégiature aussi bien en hiver qu’en été, ce village est le centre touristique le plus réputé de la Vallée d’Ayas, à 1 568 mètres d’altitude : il est connu et apprécié pour ses infrastructures touristiques de haut niveau et pour les excellentes installations du domaine skiable Monterosa Ski qui relient la vallée d’Ayas, la vallée de Gressoney et Alagna, dans le Piémont. L’ensemble du domaine offre plus de 100 kilomètres de pistes.