LA FIN DE LA SOLITUDE

 Quatrième de couverture :

solitude 00« Je suis entré dans le jardin et j’ai fait un signe de tête à mon frère. J’ai pensé : une enfance difficile est comme un ennemi invisible. On ne sait jamais quand il se retournera contre vous. »


Liz, Marty et Jules sont inséparables. Jusqu’au jour où ils perdent leurs parents dans un tragique accident de voiture dans le sud de la France. Placés dans le même pensionnat, ils deviennent vite des étrangers les uns pour les autres, s’enfermant chacun dans une forme de solitude. Jules est le plus solitaire des trois lorsqu’il rencontre Alva, qui devient sa seule amie. Son obsession. Vingt ans plus tard, Jules se réveille d’un coma de quelques jours. À la lisière de l’inconscient, il se souvient.

 

 

 

 

L'auteur : Benedict WELLS

solitude 01Nationalité : Allemagne, né à Munich en 1984.

A l’âge de 6 ans il commença son parcours dans trois internats bavarois. Après son diplôme en 2003, il emménagea à Berlin. C’est là qu’il décida de se consacrer à l’écriture plutôt qu’à des études universitaires.

A 24 ans, Benedict Wells publie le premier roman qu’il a commencé d’écrire à 16 ans, « Becks, l’été dernier ». La presse est unanime, il reçoit le prestigieux Prix des Arts et de la Culture. Son troisième roman Fast genial a acquis une grande notoriété et s’est retrouvé au classement des meilleures ventes pendant plusieurs mois.
Son quatrième roman, La Fin de la solitude, a été couronné par le « Prix de Littérature de l’Union Européenne » et par le « Prix littéraire des lycéens de l’Euregio », il est resté en tête du palmarès des ventes du Spiegel pendant de nombreuses semaines.

 

Mon avis :

 

Un roman qui se lit facilement et qui se dépose difficilement. Ce jeune auteur fait preuve d’une grande maturité, il nous donne un récit d’une grande sensibilité, un récit qui tient bien la route, où tout est parfaitement contrôlé.

Une histoire touchante écrite dans un style simple mais efficace, des personnages bien développés, et des thèmes sérieux tels que la mort, la maladie, le souvenir, la solitude, la recherche de soi, l’importance des liens familiaux, la double personnalité et l’amour. Sans jamais tomber dans le mélo, l’auteur livre un récit touchant, émouvant et mélancolique qui arrachera quelques larmes aux plus sensibles.
Un bon moment de lecture.

En marge du livre : Liens fraternels : une alchimie mystérieuse

 


Comment se nouent ou se dénouent des liens au sein d’une fratrie ?

Comment trouver sa place au sein d’une fratrie ?

Comment se développer en tant qu’individu au sein du « groupe » familial ?

Comment affirmer sa singularité dans cet ensemble ?
Pas toujours simple comme en témoignent de nombreux contes, mythes, romans, témoignages, films… Je pense par exemple au film Les garçons et Guillaume, à table !
Les essais sur l’importance de la place au sein de la fratrie sont nombreux : être l’aîné, être le petit dernier, être celui du milieu…Etre la seule fille au milieu d’une fratrie de garçons, ou l’inverse. Avoir un frère ou une soeur jumelle. Les avantages et les inconvénients de chacune de ces situations ont été souvent analysées, discutées, débattues.


Ou encore, est-ce plus facile ou plus difficile dans les fratries paires ou impaires ?
Les aînés vous disent fréquemment que les cadets bénéficient d’une éducation moins stricte, moins exigeante, ceux du milieu vous disent que c’est la mauvaise place, les petits derniers que ce n’est pas toujours si facile d’être chouchoutés, voire surprotégés…
Etre considéré comment le chouchou, se considérer comme le souffre-douleur…(relire Poil de Carotte, Vipère au poing, Les Noces barbares, etc.).


La place dans la fratrie et au sein de la famille est rarement anodine. Elle contribue à façonner la personnalité et laisse parfois des traces indélébiles, voire douloureuses qui bien souvent resurgissent à l’âge adulte.
La suite : http://www.en-aparte.com/2017/11/05/liens-fraternels-une-alchimie-mysterieuse/

 

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LE JOUR OÙ JE ME SUIS AIMÉ POUR DE VRAI

 Quatrième de couverture : 

Ego 00 » Et vous, avez-vous commencé à vivre ?  » Charlot, 9 ans


Maryse est une éminente neuropédiatre, une femme belle et intelligente, affreusement narcissique et persuadée d’avoir toujours raison. Elle est aussi la mère de Charlot, fils singulier, qui l’émerveille et l’exaspère à la fois. C’est que Charlot, Petit Prince désarmant de vérité, la confronte à des questions philosophiques. Quel sens donner à sa vie lorsqu’on traverse des épreuves ? Où se cache l’amour lorsqu’on fait face à l’intimidation, la bêtise, la peur de l’autre ?

Et surtout, qu’est-ce que l’égo, cette chose dont tout le monde semble souffrir ?Animé d’un courage fou, d’une humanité à fleur de peau, Charlot va apprendre à sa mère, et à beaucoup d’autres, qu’en se dépouillant de ses certitudes, en cessant de se regarder le nombril, on peut enfin accéder à la vraie joie, celle du lâcher prise et de l’intelligence du cœur. Et surtout : apprendre à s’aimer pour de vrai.

 

l'auteur : Serge MARQUIS

Ego 01Nationalité : Canada, né le : 29/08/1953
Le psychiatre Serge Marquis détient un doctorat en médecine (Université Laval) et une maîtrise en médecine du travail (London School of Hygiene and Tropical Medicine à Londres).

Il a développé un intérêt tout particulier pour le stress, l’épuisement professionnel et la détresse psychologique dans l’espace de travail.Il s’est également intéressé à la difficulté de maintenir un équilibre entre la vie au travail et à l’extérieur de celui-ci. Il a soigné un grand nombre de personnes devenues dysfonctionnelles au travail.

Consultant dans le domaine de la santé mentale au travail (T.O.R.T.U.E.), il est l’auteur avec Eugène Houde d’un livre intitulé Bienvenue parmi les humains et de Pensouillard le hamster, petit traité de décroissance personnelle paru en octobre 2011 aux Éditions Transcontinental, qui a reçu la mention Coup de cœur de Renaud-Bray.

 

Mon avis : 

Dire que ce roman m’a passionné serait travestir la vérité, par contre dire qu’il m’a intéressé et interpellé, oui. L’auteur est psychiatre, il aborde un thème assez difficile au travers d’une histoire parfois un peu trop mélo dramatique à mon goût, l’égo. Les personnages m’ont paru un peu trop caricaturaux, Maryse la maman narcissique et égocentrique à souhait, le fils prodige, très intelligent, plus psychiatre que l’auteur, la fillette muette qui retrouve la voix grâce au psychiatre, etc…


Qu’est ce que l’égo ? Comment influe t-il négativement sur notre vie ? Pourquoi nous empêche t-il de vivre sereinement notre vie ? Pourquoi avons-nous tant besoin de reconnaissance ? Comment s’en dépêtrer ?
Un récit qui incite à la réflexion, à la remise en question, un récit qui par moment est extrêmement touchant et qui aborde d’autres thèmes comme le harcèlement à l’école, la différence, la présence, l’amitié, la maladie, la sagesse, l’absence du père et bien sûr l’amour.
Je retiendrai de ce roman qu’une des manières d’aller contre les réactions néfastes de l’égo, c’est de profiter simplement du moment présent.
Un livre qui dérange notre égo et ma foi cela ne fait pas de tort.

 

En marge du livre : 3 clés pour se libérer de son égo


Il apparaît aujourd’hui que l’égo est la partie centrale de notre personnalité chargée de trouver un équilibre entre les forces enfouies, comme les pulsions, les interdits familiaux et sociaux (le fameux « surmoi » freudien) et les réalités extérieures. Y parvenir semble difficile, mais c’est la condition de la sérénité. Comme le remarquait le poète Nicolas de Chamfort, « on trouve rarement le bonheur en soi, mais jamais ailleurs ».


Cela nous interroge sur notre soif, au demeurant naturelle, de reconnaissance. La philosophie bouddhiste insiste sur l’aspect illusoire d’un égo qui nous pousse à nous croire au centre du monde. Toutefois, une confiance en soi excessive est tout aussi dangereuse qu’une dévalorisation intérieure, génératrice d’anxiété et de culpabilité.


L’objectif serait de nous débarrasser d’une obsession handicapante pour le regard que les autres sont censés porter sur nous. Cette obsession est en effet un obstacle sur le chemin de notre liberté, car elle nous empêche d’être nous-mêmes, délivré des apparences. Paradoxalement, l’égo peut donc représenter un frein à l’épanouissement de… notre égo ou si l’on préfère, de notre personnalité authentique.
Par ailleurs, il provoque parfois une fierté exacerbée qui conduit à refuser d’avouer toute faiblesse et, ce faisant, d’accepter l’aide de quiconque. Or, ce soutien n’est pas inutile dans une société régie par l’interaction des individus. Sans lui, la probabilité de l’échec est plus grande.


Parmi les manifestations de la mégalomanie ordinaire, l’une des plus marquantes est l’esprit permanent de compétition. Vouloir la « victoire » à tout prix, c’est encore et toujours se comparer aux autres au lieu de vivre en fonction de nos propres aspirations profondes. C’est entrer dans un processus infini de frustrations, puisqu’il y a forcément, chez les autres… meilleur que nous.
Pour beaucoup d’entre nous, l’égo ressemble à un tyran ayant une opinion sur tout, un démon toujours insatisfait qui nous oriente vers des tentations et des risques déraisonnables, dans le but d’atteindre une perfection inatteignable. Quand l’égo désire l’impossible, les conséquences peuvent se révéler désastreuses: échecs à répétition, relations conflictuelles, dépression et surtout absence de satisfactions pourtant à notre portée. Comment corriger cet excès si répandu dans notre société moderne?


Pratiquer le lâcher prise, c’est aussi accorder plus de valeur à nos proches et déclencher une spirale affective positive. A l’inverse, l’envie du « toujours mieux et toujours plus » mène trop souvent aux pires tourments, comme le note la tradition zen japonaise.
En ce sens, l’égo serait un moteur d’essoufflement et d’incapacité à jouir du moment présent.
De surcroît, il serait nuisible pour l’individu en le poussant à refuser toute autocritique, à vivre dans un univers imaginaire dominé par la « pensée magique » et finalement à l’obstination aveugle dans sa conduite quotidienne. Si l’on suit cette logique négative, l’égo interdit à l’être humain d’évoluer en tirant profit de ses erreurs. Il induit un comportement paranoïde: on ne reconnaît ni ses torts envers soi-même, ni ceux qu’on inflige à autrui. Le risque, c’est aussi le repli sur soi-même.


En revanche, la prise de conscience de notre propre personnalité permet à l’égo d’accepter ce que nous sommes et d’accepter nos semblables avec leurs différences. En s’abstenant de nous comparer sans cesse à ceux que nous côtoyons, nous renforçons notre capacité à nous aimer et partant à aimer nos proches.
C’est ainsi que l’égo aurait intérêt à se positionner s’il souhaite se mettre au service de notre épanouissement, à tous les âges de la vie.

Maxime Coignard  – Coach professionnel et fondateur de Diadem Coaching

 

ARRÊTE AVEC TES MENSONGES

Quatrième de couverture :

Besson 00« Je découvre que l’absence a une consistance. Peut-être celle des eaux sombres d’un fleuve, on jurerait du pétrole, en tout cas un liquide gluant, qui salit, dans lequel on se débattrait, on se noierait. Ou alors une épaisseur, celle de la nuit, un espace indéfini, où l’on ne possède pas de repères, où l’on pourrait se cogner, où l’on cherche une lumière, simplement une lueur, quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose pour nous guider. Mais l’absence, c’est d’abord, évidemment, le silence, ce silence enveloppant, qui appuie sur les épaules, dans lequel on sursaute dès que se fait entendre un bruit imprévu, non identifiable, ou la rumeur du dehors. »

 

 

L'auteur : Philippe BESSON

FRANCE-LITERATURE-BESSON-PORTRAITNationalité : France, né à : Barbezieux-Saint-Hilaire, Charente , le 29/01/1967
Philippe Besson est écrivain, dramaturge et scénariste français, anciennement homme d’affaires. Il a été également critique littéraire et animateur de télévision.
Il est diplômé de l’École supérieure de commerce de Rouen et titulaire d’un DESS de droit. En 1989, il s’installe à Paris où il exerce une profession de juriste et enseigne le droit social. Pendant près de 6 ans, il sera le bras droit de Laurence Parisot, en tant que DRH puis secrétaire-général de l’Institut français d’opinion publique. Par la suite, il sera DRH de T-Online France – Club Internet.

En 1999, il publie « En l’absence des hommes », récompensé par le prix Emmanuel-Roblès. En 2001, il publie « Son frère » qui sera retenu pour la sélection du Prix Femina. L’adaptation cinématographique avec Bruno Todeschini et Eric Caravaca dans les rôles principaux qu’en fera Patrice Chéreau en 2003, recevra l’Ours d’argent au festival de Berlin.


« L’Arrière-saison », roman publié en 2002, est récompensé par le Grand Prix RTL-Lire 2003, année où paraît « Un garçon d’Italie » qui se voit sélectionné pour les Prix Goncourt et Médicis.
Édité en 2004, son cinquième roman, « Les Jours fragiles » (centré sur les derniers jours d’Arthur Rimbaud), retient l’attention du cinéaste François Dupeyron.

En 2006, « L’ Enfant d’octobre » suscite une polémique dès sa sortie. Ce roman raconte l’affaire Grégory sous une forme romancée, alors que les différents acteurs de ce drame sont encore vivants.
Changement de registre en 2007 avec le très mélancolique « Se résoudre aux adieux ». En 2009, il publie « Un homme accidentel », dont l’intrigue se déroule à Beverly Hills et il participe avec d’autres auteurs à « Huit », un recueil de nouvelles sur les objectifs pour le développement. La même année, il s’intéresse encore une fois aux États-Unis dans « La trahison de Thomas Spencer », qui raconte la vie de deux amis nés le même jour.


En 2011, il soutient l’action de l’association Isota qui milite pour le mariage et l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. Il réalise en 2014 le documentaire « Homos, la haine » sur France 2.
« Vivre vite », consacré à James Dean, paraît en janvier 2015, année anniversaire de sa mort.


Il relate sa première histoire d’amour alors qu’il était adolescent dans son roman, « Arrête avec tes mensonges » (2017). La même année, il publie « Un personnage de roman », récit intime de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron.

Mon avis :

Philippe Besson, nous livre un témoignage sans retenue sur son adolescence, il a 17 ans, il est en terminale au lycée, homosexuel, il vit son premier amour.
Un récit tout en délicatesse, en émotion, intense, douloureux, délicat, sensible, pudique et parfois cru.
C’est écrit avec beaucoup de simplicité, un style qui fait mouche, qui fait passer les émotions.
Sans doute n’est ce pas autobiographique à 100%, mais il ne triche pas, il raconte avec franchise cet amour, le premier et sans doute le plus important de sa vie.
Un très beau texte sur non seulement l’homosexualité mais aussi sur le manque, sur la séparation et sur l’interdit.
Remarquable !

En marge du livre : Homosexualité de l’adolescent et désarroi des parents.


Besson 02La découverte de l’homosexualité est un moment difficile à traverser pour l’adolescent, mais également pour ses parents. Lorsqu’il a fait son coming out, l’homosexuel est catégorisé. Il n’est souvent plus considéré comme rien d’autre qu’un homosexuel. Quand les choses se passent bien, il devient « mon ami gay » ou « mon voisin homo ». Lorsque son coming out se passe mal, il subit les injures, les insultes, les regards de travers. L’homosexualité est encore aujourd’hui très difficile à assumer.
Ces dernières années, en matière d’homosexualité, les choses ont énormément évolué : les sociétés occidentales accordent une certaine reconnaissance sociale aux homosexuels. Mais les choses ne sont toutefois pas encore toutes roses. Malgré cette évolution positive, il est encore extrêmement difficile d’assumer et d’affirmer son homosexualité. Dans notre société, l’hétérosexualité est la norme et ceux qui ne correspondent pas à cette normalité sont encore souvent regardés de travers. Le cinéma hollywoodien ne met en scène que des couples hétérosexuels. Les Américains, très religieux, sont encore aujourd’hui persuadés que l’homosexualité est un péché. Au moment de la puberté, lorsque le jeune adolescent découvre qu’il est attiré par des personnes de son propre sexe, sa vie est totalement chamboulée. Il devient détenteur d’un secret qu’il a bien sûr envie de partager. Mais avec qui ? L’adolescent sait que s’il parle, il risque de se mettre en danger.

La suite : http://www.couplesfamilles.be/index.php?option=com_content&view=article&id=242:homosexualite-de-ladolescent-et-desarroi-des-parents&catid=6&Itemid=108

DANISH GIRL

 Quatrième de couverture: 

Danish 01Lu et commenté par Marie-Line.

À Copenhague en 1925 Einar Wegener et Greta Wauld, son épouse, forment un couple original. Lui est petit, discret, peintre délicat et reconnu. Elle, peintre également mais de moindre talent, est une grande Américaine, blonde fortunée que l’on remarque. Tous deux mènent une vie confortable jusqu’au jour où Greta, en manque de son modèle féminin, demande à Einar de bien vouloir enfiler une paire de bas et d’escarpins pour qu’elle finisse son tableau.
De cette demande faussement innocente naîtra le double d’Einar, Lili, qui petit à petit prendra le dessus sur celui qui l’a engendrée. David Ebershoff retrace ici l’histoire vraie d’un homme en qui s’éveilla une femme et fut considéré comme le premier transsexuel. Portrait de Lili Elbe, par Gerda Wegener(La 1ère de couverture du livre est également un tableau de Gerda Wegener: « L’apéritif »).

Danish 07

L'auteur: David EBERSHOFF

Danish 02Né à Pasadena, Californie en 1969, David Ebershoff est un écrivain américain, rédacteur en chef et enseignant.
Il est diplômé de l’Université Brown, de l’University of Chicago et a étudié à l’Université de Keio à Tokyo.
Il a remporté de nombreux prix, ses livres ont été traduits en dix-huit langues et acclamés par la critique. Deux de ses romans ont été adaptés pour le cinéma et la télévision.
Ebershoff a enseigné la création littéraire à New York University et à Princeton et enseigne actuellement dans le programme d’écriture à l’Université de Columbia. Il est également éditeur et vit à New York.

Mon avis : 

L’auteur s’attaque ici à un sujet délicat: la transsexualité.

Inspiré de l’histoire vraie d’Einar Wegener/Lili Elbe, entre autres grâce au livre « Man into woman » ( regroupant les écrits personnels du peintre ), ce roman n’est pas une biographie, mais une certaine vision des faits. David Ebershoff a imaginé le ressenti d’Einar quand il a découvert qu’au fond de lui, il sentait qu’il était « une fille née dans un corps de garçon ». Et ce roman est un bijou de tendresse, de pudeur, de compréhension, d’humanité… L’auteur parvient à nous faire ressentir la souffrance d’Einar, sa lutte perpétuelle, sa dualité, mais aussi ses espoirs, ses sentiments…

Véritable hymne à la tolérance, le roman nous emmène au cœur de ce couple improbable où l’amour est plus fort que toutes les barrières, passe au-delà des préjugés (n’oublions pas que nous sommes en 1925 et qu’à l’époque, on « soigne » ce genre de « maladie » par des électrochocs). Et s’il y a bien un personnage phare dans ce roman, c’est celui de Greta! Cette femme qui, par amour, soutiendra son mari contre vents et marées, lui permettra de devenir la femme qu’il rêve d’être, le comprendra au-delà de toute attente… cette femme-là m’a vraiment touchée!

Si les 382 pages du roman vous font peur, il reste le film de Tom Hooper où Eddie Redmayne interprète avec une infinie délicatesse le personnage d’Einar/Lili.

En marge du livre :

Cinq questions à la psychologue Françoise Susset, présidente de l’Association canadienne des professionnels de la santé transsexuelle.

1. La transsexualité de quoi s’agit-il?

Les personnes transsexuelles sentent carrément qu’elles sont nées dans le mauvais corps et qu’elles doivent le modifier pour appartenir à la case qui correspond à leur identité sexuelle.Pour la majorité des gens, il n’y a aucun conflit entre le sexe biologique et l’identité sexuelle, logée dans le cerveau. On se reconnaît dans son corps d’homme ou de femme, de fille ou de garçon. Pour les personnes transsexuelles, cette identification se fait à l’opposé du corps.

2. Comment l’expliquer?

La transsexualité se déclare à un très jeune âge, à partir de 2 ou 3 ans. Mais il se peut qu’on mette 60 ans avant de définir ce malaise. Les recherches penchent vraiment dans le sens d’explications biologiques plutôt que vers des facteurs extérieurs comme l’influence parentale.

3. Peut-on y changer quelque chose?

On ne peut pas influencer la transsexualité, pas plus qu’on ne peut influencer l’homosexualité qui émergera à la puberté. Mais on peut réprimer, nier complètement cette possibilité, ce qui créera des effets problématiques. Il est important de respecter l’expression de genre de l’enfant.

4. Qu’est-ce que la dysphorie du genre?
C’est la souffrance associée à un corps qui ne correspond pas à l’identité sexuelle. Les études démontrent que les traitements médicaux sont extrêmement efficaces pour la soulager.

5. S’agit-il d’un trouble de santé mentale?
Il s’agit d’un problème médical, et non d’un problème mental. Le corps ne correspond pas à la personne. Donc, pour résoudre le problème, on modifie le corps avec des hormones et des opérations. Le traitement n’est pas une psychothérapie.
Les spécialistes remettent sérieusement en question le fait que le trouble de l’identité sexuelle a été inscrit sous la rubrique des maladies mentales dans le DSM (la «bible» des psychiatres américains).

Des problèmes anxieux et dépressifs associés à la dysphorie du genre ou à la transphobie peuvent toutefois apparaître.
Malheureusement, tant que la dysphorie du genre figure dans la rubrique des maladies mentales, les gens s’en servent pour justifier la discrimination envers les personnes transsexuelles et transgenres. Ils se disent: «Ce sont des malades mentaux.»

41% des transgenres ont fait au moins une tentative de suicide

1,6% dans la population en général(Source: National Center for Transgender Equality)

TOUTES LES VAGUES DE L’OCÉAN

Quatrième de couverture : 

océan 1Gonzalo Gil reçoit un message qui bouleverse son existence : sa sœur, de qui il est sans nouvelles depuis de nombreuses années, a mis fin à ses jours dans des circonstances tragiques. Et la police la soupçonne d’avoir auparavant assassiné un mafieux russe pour venger la mort de son jeune fils. Ce qui ne semble alors qu’ un sombre règlement de comptes ouvre une voie tortueuse sur les secrets de l’histoire familiale et de la figure mythique du père, nimbée de non-dits et de silences.
Cet homme idéaliste, parti servir la révolution dans la Russie stalinienne, a connu dans l’enfer de Nazino l’incarnation du mal absolu, avec l’implacable Igor, et de l’amour fou avec l’incandescente Irina. La violence des sentiments qui se font jour dans cette maudite “île aux cannibales” marque à jamais le destin des trois protagonistes et celui de leurs descendants.

Révolution communiste, guerre civile espagnole, Seconde Guerre mondiale, c’est toujours du côté de la résistance, de la probité, de l’abnégation que ce parangon de vertu, mort à la fleur de l’âge, a traversé le siècle dernier. Sur fond de pression immobilière et de mafia russe, l’enquête qui s’ouvre aujourd’hui à Barcelone rebat les cartes du passé. La chance tant attendue, pour Gonzalo, d’ébranler la statue du commandeur, de connaître l’homme pour pouvoir enfin aimer le père.
Toutes les vagues de l’océan déferlent dans cette admirable fresque d’un XXe siècle dantesque porteur de toutes les utopies et de toutes les abjections humaines.

 L'auteur : Víctor DEL ÁRBOL

DOMINICAL 705  VICTOR DEL ARBOLNationalité : Espagne, né à : Barcelone , le 6/11/1968
Biographie : Il fait ses études supérieures en histoire à l’Université de Barcelone. De 1992 à 2012, il travaille comme fonctionnaire du gouvernement de la Catalogne (corps de la police régionale catalane Mossos d’Esquadra). Il participe également à une émission radiophonique de Ràdio Estel.

Il amorce une carrière d’écrivain avec la publication en 2006 du roman policier « El peso de los muertos ». C’est toutefois la parution en 2011 de « La Tristesse du samouraï » (La tristeza del samurai), traduit en une douzaine de langues et best-seller en France, qui lui apporte la notoriété. Pour ce roman, il remporte plusieurs distinctions, notamment le prix du polar européen 2012.

En 2015, son roman « Toutes les vagues de l’océan » remporte le grand prix de littérature policière du meilleur roman étranger. En 2016, il reçoit le prix Nadal pour « La víspera de casi todo ».

 Mon avis :

Un roman policier mais qui est bien plus que ça, Víctor Del Árbol met au service de ce fabuleux récit sa formation d’historien, il en profite pour donner un contexte historique remarquable et intéressant à cette enquête . Il nous emmène à travers l’Europe vers la Sibérie, les déportations massives des années 30 sous le régime Stalinien, il nous fait découvrir l’horreur de l’île de Nizano, les goulags mais aussi la guerre civile espagnole, l’exode des espagnols vers le camp d’Argelès en France, etc. Il alterne les faits sur deux époques, celle de Élias, le père militant communiste, dans les années 30 et celle du fils Gonzalo, au prise avec la mafia russe à l’époque actuelle.

océan 5
L’âme humaine est mise à nu et elle n’est vraiment pas belle à voir, cela va de la trahison à la dénonciation en passant par la cruauté, la vengeance et l’horreur. Le héros principal, communiste convaincu, se rend à Moscou pour vivre ce qu’il pense être une société idéale, il y sera maltraité, torturé et mutilé, cet homme à priori admirable dans ses idéaux en sortira un bourreau cruel et sans scrupule.

C’est aussi un très beau roman d’amour, une saga familiale certes très noire mais très attachante. Un roman dense et touffu, très bien écrit, un très beau style, bien rythmé, plus de 600 pages captivantes et palpitantes, jamais ennuyeuses que du contraire.
Un roman comme je les aime, et encore un écrivain hispanique remarquable, je l’ajoute à ma liste déjà longue. Je retrouverai avec plaisir un autre roman de cet auteur que je ne connaissais pas du tout.

En marge du livre : Affaire de Nazino.

L’affaire de Nazino est la déportation massive de 6 000 personnes, dont 4 000 mourront sur l’île de Nazino en URSS en 1933. La petite île isolée de Sibérie est située à 800 km au nord de Tomsk. Elle est surnommée en russe « l’île de la mort » (Ostrov Smerti) ou encore l’« île des cannibales », les déportés ayant été abandonnés avec seulement de la farine pour nourriture, aucun outil, leurs seuls vêtements qu’ils portaient lors de leur arrestation et sans abris.

Surveillés par des gardes recrutés localement, très rapidement dépassés par les événements, et par des commandants profitant de la situation, les déportés les plus faibles furent rapidement victimes d’actes de cannibalisme pratiqués par des bandes organisées.

Un rapport sur les événements fut envoyé à Staline par Vassili Arsenievich Velichko et distribué par Lazare Kaganovitch aux membres du Politburo, rapport qui sera archivé à Novossibirsk. Dans celui-ci, il déclare que « 6 114 éléments socialement nuisibles ou sans classe » sont arrivés sur l’île fin mai 1933. Une partie de ces déportés étaient de petits délinquants récidivistes, mais l’immense majorité se composait de vagabonds et de paysans dékoulakisés qui avaient fui leurs villages et étaient sans papiers. Arrêtés lors de rafles ordonnées par Staline, ils ont été transportés de Moscou et de Leningrad par train jusqu’à Tomsk et par barges fluviales jusqu’à Nazino. Au moins 27 déportés sont morts lors du transport.

L’île est située sur l’Ob et mesure 3 kilomètres de long sur 500 mètres de large. Il n’y avait pas d’abri, il a neigé la première nuit et aucune nourriture ne fut distribuée pendant 4 jours. Le premier jour, 295 personnes ont été enterrées.Une commission spéciale fut mise en place en septembre 1933 par le comité régional du parti communiste de la Sibérie occidentale. Leurs rapports seront publiés en 2002 par l’ONG russe Memorial.